Arts & Culture, Chronique estivale

Façonner la musique

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Il façonne des instruments à cordes et de grands musiciens lui confient leur instrument pour des travaux de réparations. Le Témiscamien d’origine, Guillaume Schönau, est luthier et a un parcours professionnel des plus intéressants.

C’est lors d’un concert de l’Orchestre symphonique régionale de l’Abitibi-Témiscamingue à la salle Augustin-Chénier que Guillaume Schönau a une révélation : « J’ai été impressionné par la force et la profondeur d’un ensemble acoustique. Cela a été une véritable expérience : celle de plonger au cœur de ces morceaux de bois qui prenaient vie grâce aux musiciens. J’étais adolescent et cela a été une des expériences marquantes qui m’ont mené où je suis actuellement », témoigne-t-il.

Il n’y a pas de chemin unidirectionnel pour devenir luthier. Les personnes exerçant cette profession viennent souvent du milieu musical, artistique ou scientifique, mais étonnamment, Guillaume Schönau mentionne qu’aucune de ces branches n’est prédominante.  « Je dirais que pour être luthier, il faut être 33 % artiste, 33 % artisan, 33 % scientifique et 1 % entêté. Le mélange étant peu commun, il y a peu de luthiers. »

Le parcours de Guillaume Schönau débute avec une formation en lutherie au collège des métiers d’art. L’opportunité de travailler dans l’atelier d’un de ses enseignants se présente à lui et l’expérience lui ouvre la porte d’un des plus grands ateliers de lutherie de Québec où il travaillera pendant trois ans. « J’ai ensuite poursuivi ma formation en fabrication d’instruments en Italie, chez Borja Bernabeu, un maître luthier à Crémone. J’ai également eu la chance d’être sélectionné pour étudier en Angleterre, au West Dean College, dans la restauration d’instruments anciens. Mes professeurs étaient issus des huit ateliers les plus importants d’Europe et d’Amérique. Ils ont sélectionné deux candidats par pays pour transmettre leur bagage de connaissances. J’ai été élu membre de l’American Federation of Violin and Bow Makers. Actuellement, nous sommes seulement cinq au Québec a faire partie de cette importante association professionnelle de luthiers et d’archetiers en Amérique. »

En 2004, Guillaume Schönau démarre son entreprise et ouvre un atelier à Québec avec son associé Joël Tardif. Une grande partie de ses tâches quotidiennes sont consacrées à la restauration d’instruments. Il offre aussi des services de fabrication et il délivre des évaluations pour les assurances en plus de vendre tous les accessoires spécialisés et les cordes. Entre tout cela, il fabrique au minimum un instrument par année.

Il tente toujours de s’améliorer et les concours internationaux sont des occasions propices aux apprentissages. « Les meilleurs luthiers au monde mettent leurs plus beaux instruments en compétition et partagent leurs observations. Il y avait plus de 500 instruments en provenance de plus de 20 pays au dernier concours auquel j’ai participé. J’ai terminé quelque part parmi les 75 premiers, sans connaître le rang exact. On revient de là, la tête remplie de : le prochain sera plus comme ça, moins comme ça! C’est motivant et la plupart des luthiers sont extrêmement ouverts à donner des conseils et des observations. »

Dans un certain imaginaire collectif, on croit à tort que la profession de luthier tend à disparaître puisque la production de bien matériel s’industrialise de plus en plus. Guillaume Schönau avoue cependant que les techniques ont évolué et que la technologie prend de plus en plus de place dans l’exercice de son métier. « En restauration, j’utilise des lampes UV, des calibreurs numériques, j’ai utilisé des scanneurs 3D pour analyser des instruments anciens et des CNC 5 axes pour développer des gabarits », nomme-t-il à titre d’exemple. Or, vivre de la lutherie est certes une vocation. On ne s’improvise pas luthier. « La majorité des restaurations que j’ai à effectuer proviennent de mauvaises réparations faites par des amateurs. Cela est très néfaste pour le métier », avoue-t-il.

Guillaume Schönau admet que c’est un métier vaste puisqu’il existe tellement d’instruments différents. L’apprentissage est constant et les journées jamais routinières. C’est probablement ce qui lui plaît dans sa profession. « C’est un domaine où l’on se doit d’avoir l’approbation des musiciens, mais aussi de nos confrères. Tôt ou tard, on finit par avoir besoin des conseils de quelqu’un », conclut-il.

 

 

About the author / 

Mathilde Mantha

Passionnée de lecture, d’écriture, d’art et de culture, elle a fait des études collégiales en littérature. Son désir de relever des défis l’a conduite au sein de l’équipe du journal le Reflet où elle peut contenter en partie, sa curiosité et son avidité d’information.