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Frustration et déception chez les Franco-Ontariens

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De toute évidence, la création d’une université de langue française gouvernée par et pour les francophones de l’Ontario semble maintenant une réalité reléguée au statut de rêve. Du moins, ce ne sera probablement pas sous le gouvernement conservateur de Doug Ford que l’institution postsecondaire ouvrira ses portes. L’Université de l’Ontario français située à Toronto devait accueillir ses premières cohortes dès septembre 2020. Au lendemain de son élection à la tête du gouvernement provincial, lors d’un point de presse, Ford avait réitéré qu’il soutiendrait les partenaires du milieu pour la création de cette université.

 

Les promesses de Doug Ford et de sa ministre de l’Éducation supérieure, Merrilee Fullerton, n’étaient que du vent, puisque le gouvernement conservateur a annoncé, le jeudi 15 novembre dernier, qu’il mettait fin à ce projet en plus de dissoudre, du même souffle, le Commissariat aux services en français.

 

Me François Boileau occupe le poste de commissaire aux services en français depuis août 2007. Son rôle consiste principalement à recevoir des plaintes du public et à présenter des recommandations sur les questions touchant l’application de la Loi sur les services en français. Avec cette décision, le Commissariat aux services en français de François Boileau n’existera plus et les enquêtes seront transférées au bureau de l’ombudsman de l’Ontario de Paul Dubé où, probablement, les dossiers empilés auront le temps d’accumuler beaucoup de poussières.

 

Cette décision, motivée par les « défis financiers » de la province, suscite une pluie torrentielle de critiques. Jean-Claude Carrière, agent de développement communautaire à l’ACFO Témiskaming, se dit amer quant à cette décision. « J’ai l’impression qu’on nous traite comme des citoyens de deuxième classe. On se sert des Franco-Ontariennes et des Franco-Ontariens pour régler un déficit budgétaire. Est-ce que notre communauté ne paye pas de taxes et n’aide pas à l’économie et à l’essor de la province? Je suis inquiet, et j’ai l’impression que c’est un retour en arrière dans les années 1980 lorsque le gouvernement ontarien avait institué la Loi 8 sur les services en français. Certaines municipalités du Témiskaming ontarien s’étaient déclarées unilingues anglaises, même si elles n’avaient pas le droit constitutionnel de le faire. À quand la reconnaissance officielle du français en Ontario? »

 

Rapidement, la communauté francophone du Canada a réagi à la détresse de ses concitoyens de l’Ontario. Tout comme le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, d’autres figures politiques ont exprimé leur grande déception. C’est le cas, entre autres, du premier ministre du Québec, François Legault, de la ministre du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie, Mélanie Joly, de l’ancien premier ministre de l’Ontario, Bob Rae, du président de la Fédération des communautés francophones et acadiennes, Jean Johnson, des six députés francophones de la Chambre des communes, etc.

 

Déjà, les Franco-Ontariens sont prêts à monter aux barricades pour protéger leur éducation, leur culture et leur langue. À l’heure actuelle, des réunions d’urgence se déroulent, des organismes francophones se serrent les coudes, des pétitions circulent, des lettres sont envoyées, des campagnes se propagent sur les réseaux sociaux, des manifestations se préparent, des appuis fusent de toute part. Bref, un mouvement de résistance est déjà en branle, et les 600 000 francophones de l’Ontario n’ont pas l’intention de baisser les bras.

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Dominique Roy