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Hébergement légal ou illégal ?

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L’entreprise Uber a secoué le paysage entrepreneurial du Québec avec son application de covoiturage qui a semblé prendre le gouvernement au dépourvu. Maintenant que les législateurs sont à pied d’œuvre pour offrir une équité entre les taxis et Uber, une autre industrie s’insurge contre un nouveau visage de l’économie de partage : les hôteliers qui peinent à concurrencer l’hébergement illégal. Un phénomène urbain, l’hébergement illégal? À en croire Nicole Cloutier, propriétaire du motel Au bercail de Témiscaming, la MRCT serait elle aussi gangrénée par ce phénomène.

Des règles différentes

Lorsque madame Cloutier a acquis son établissement hôtelier, elle l’a fait dans les règles : TPS, TVQ, taxes municipales et scolaires. Pendant les bonnes années, son taux d’occupation se situait entre 58 et 62 %. Or, l’hébergement illégal est venu lui soutirer une partie importante de sa clientèle, et ce, sans être soumis au même traitement fiscal qu’elle. Aujourd’hui à bout de ressources financières (son travail de surintendante de chantier dans la région montréalaise suffit à peine à éponger le déficit de l’hôtel), elle mentionne que le taux d’occupation a chuté entre 16 et 18 %.

Un état de fait

« Au prorata de la population, Témiscaming est la ville la plus contaminée [par l’hébergement illégal] », lance-t-elle découragée. Depuis une dizaine d’années maintenant, elle livre ce combat en compagnie d’autres propriétaires de la région, dont Jean-Pier Frigon, propriétaire de l’Amosphère à Amos. Et lorsque de la délation a eu lieu, les inspecteurs se seraient contentés d’un avertissement aux personnes prises en faute, ce qui, selon madame Cloutier, n’est pas suffisant pour régler la problématique. « Des clients reviennent me voir après deux jours pour me dire que leur contrat est annulé et qu’ils n’ont plus besoin de mes chambres. Mais je les revois dans la ville encore après, ce qui signifie qu’ils dorment ailleurs. » Afin de tester ses hypothèses, madame Cloutier a déjà appeler les propriétaires de blocs appartements, se faisant passer pour un travailleur à la recherche d’un gîte, et quelle ne fut pas sa surprise. « J’ai compté 218 chambres disponibles ! La loi est mal faite pour les gens honnêtes. »

Des élus au courant?

La femme d’affaires affirme avoir déjà expliqué ses doléances au conseil municipal de Témiscaming, mais qu’elle ne s’attendait pas à des résultats concrets. « Des conseillers municipaux possèdent eux-mêmes des lieux d’hébergement illégaux, alors ma lettre est passée comme du beurre dans la poêle. », image-t-elle. Le 2 août dernier, un communiqué a été envoyé aux médias pour expliquer que, dorénavant, la Corporation de l’industrie touristique du Québec disposait de 23 inspecteurs pour corriger la situation, ce qui réjouit madame Cloutier qui considère qu’il s’agit d’une amélioration par rapport aux années précédentes.

Un ministère laconique

Jointe au téléphone, Marie-Emmanuelle Cadieux, attachée de la ministre du Tourisme Julie Boulet, s’est contentée de répéter qu’une loi avait été instaurée en avril dernier à ce sujet, sans en connaître les effets. La mairesse de Témiscaming, Nicole Rochon, voit les choses d’un œil différent. « Nous avons une compréhension différente de ce qu’est l’hébergement illégal. » Elle affirme que ce ne sont pas les touristes qui utilisent la location d’appartements, mais des travailleurs. Et est-ce que ces locations sont effectuées conformément à la loi ? « Je ne peux pas m’immiscer dans les finances personnelles des gens », se défend madame Rochon. Quant à la possibilité qu’un élu soit impliqué dans ce genre de transactions, elle mentionne qu’un conseiller possède bien un bloc à appartements, mais qu’il n’est pas du devoir de la mairesse de vérifier si tout est fait dans la légalité.

Voici quelques données du ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation depuis la promulgation de la loi 76 en avril dernier.

  • 389 attestations de classification ont été délivrées sur les 580 demandes reçues;
  • Le nombre d’inspecteurs est passé de 2 à 23;
  • 91 exploitants ont reçu un avis d’infraction et plus de la moitié d’entre eux ont choisi de se conformer;
  • 3 avis d’infraction ont été transférés à la Direction des poursuites criminelles et pénales (DPCP).

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