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Le « Lab-école » : la colère gronde jusqu’au Témiscamingue

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À la fin du mois de mars, La Presse révélait que trois personnalités québécoises avaient obtenu un budget annuel de 1.5 million de dollars pour mettre sur pied le projet « Lab-école ». Ainsi, Ricardo Larrivée, Pierre Lavoie et Pierre Thibault ont reçu le mandat de développer les concepts des écoles québécoises du futur en concevant un nouveau milieu de vie qui donne le goût aux enfants d’apprendre. À peine lancée, la nouvelle créait déjà toute une polémique et les réseaux sociaux ont rapidement été envahis par des commentaires empreints de stupéfaction, d’incompréhension et de colère.

Les syndicats d’enseignants de la province ont rapidement dénoncé le projet en le qualifiant d’« exercice de relations publiques », de « claque au visage » et d’« opération de marketing ». En Abitibi-Témiscamingue, les réactions semblent pointer dans la même direction. Luc Gravel, président du Syndicat de l’enseignement de l’Ungava et de l’Abitibi-Témiscamingue (SEUAT), trouve regrettable que le ministre fasse fi de l’expertise déjà présente à même le réseau scolaire. « Si l’on veut réinventer l’école, c’est d’abord auprès de celles et ceux qui y œuvrent chaque jour que l’on pourra trouver des solutions. C’est clairement un désaveu de la part du ministre envers notre expertise professionnelle. Alors que le réseau scolaire peine à maintenir la qualité des services auxquels nos élèves ont droit à la suite de trop nombreuses compressions subies au cours des dernières années, le fait d’allouer un budget de 1,5 million/an pour une période de 5 ans vient ajouter l’insulte à l’injure. Ces sommes seraient sûrement plus profitables si elles étaient utilisées notamment pour le soutien des élèves en difficulté. »

Roger Bernard, directeur de district Lac-Témiscamingue à la SEUAT, abonde dans le même sens quant à la somme qui pourrait être investie de façon plus profitable. « On a des solutions, mais pas de ressources. C’est le financement qui est insuffisant. On a qu’à regarder le plancher du gymnase de l’École Rivière-des-Quinze qui devrait être changé depuis quelques années, mais pour lequel il n’y a pas de budget parce qu’il faut remplacer le système de chauffage. » Monsieur Bernard, qui est aussi enseignant d’éducation physique à RDQ, soutient que le Témiscamingue n’a pas nécessairement besoin d’un Pierre Lavoie pour faire bouger les jeunes. « On a de beaux projets dans nos écoles, comme le mouvement Tamia à EMR, le projet hockey à RDQ, l’option sport à Guigues et les ateliers à Ville-Marie.»

France Marion, enseignante à la Commission scolaire du Lac-Témiscamingue, a d’abord cru à une farce en lisant la nouvelle, ce qui aurait très bien pu être un canular du Journal de Mourréal. Mais non! L’article venait de La Presse. Pour madame Marion, ce n’est sûrement pas la bonne bouffe de Ricardo qui l’aidera à digérer le projet. « Le sait-il, monsieur le ministre, que nous faisons de la popote avec nos élèves, que nous leur faisons découvrir des fruits exotiques, que nous semons des graines pour faire pousser des tomates, des concombres et des fines herbes dans nos classes, que nous faisons germer en eux toutes ces compétences? », s’indigne-t-elle. Elle est aussi persuadée que la réflexion d’un architecte n’apportera rien de très révolutionnaire. « Ça fait longtemps qu’on sait que nos écoles ont des allures de plateau de télévision à la Unité 9! Ça fait longtemps qu’on sait que les écoles, construites dans les années de grande noirceur, ressemblent davantage à des pensionnats qu’à des lieux d’épanouissement personnel. » Comme monsieur Gravel et monsieur Bernard, France Marion ne croit pas que les trois vedettes sont nécessaires pour renouveler l’école puisque tous les acteurs du milieu innovent déjà au quotidien pour répondre aux besoins des jeunes. Enfin, l’enseignante se questionne quant à l’absence de femmes sur ce fameux trio. « Un trio qui me donne un peu mal au ventre, comme les trios du McDo! », conclut-elle.

Quoi qu’il en soit, malgré l’opinion publique qui ne joue pas en sa faveur, le ministre Proulx ne semble pas vouloir revenir sur sa décision. Qu’on le veuille ou non, l’école réinventée ne sera pas l’œuvre des acteurs du milieu, mais plutôt la recette d’un roi de la marmite, l’événement sportif de monsieur Cubes énergie et le plan d’un grand dessinateur.

 

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Dominique Roy