Chronique estivale

Le Témiscamingue et l’agroalimentaire

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L’agriculture est certes une locomotive économique pour le Témiscamingue. Mais si les productions agricoles sont règle générale bien connues, la transformation des produits de la terre possède elle aussi son histoire, qui remonte jusqu’au début du 20e siècle.

Le miracle de la centrifugeuse

« C’est un agrès du colline! » Voilà comment Albéric Trudel décrivait le transport du lait avant l’apparition de la centrifugeuse. Les producteurs devaient transporter à cheval leur lait à la beurrerie ou la fromagerie, où on séparait le liquide des solides. Ensuite, le producteur repartait avec la partie liquide, dont le petit-lait qui servait souvent à nourrir le bétail. Lorsque la centrifugeuse à manivelle fait son apparition vers 1900, plusieurs producteurs poussent un soupir de soulagement : ils pourront finalement et efficacement traiter leur lait à leur domicile.

La prohibition

En 1911, le Conseil de Comté du Témiscamingue, à la suite d’un référendum, approuve l’interdiction de vendre des boissons alcoolisées. Cette nouvelle réglementation sera contestée à quelques reprises, mais les référendums sont toujours remportés par le camp du maintien de la prohibition… soutenu dans leur cause par le clergé. Comme aux États-Unis, cette prohibition ne donnera pas les résultats escomptés, et de nombreux citoyens créeront eux-mêmes leur alcool. C’est l’ère des bootleggers, ces fabricants d’alcool maison qui vendent la caisse de 24 bières 12$, et le 10 onces d’alcool pour 3$ (en 1907, un manœuvre gagne un salaire de 1,75$/jour). Il existe même une recette de bière à mitaine qui connaît du succès et qui permet aux habitants de brasser leur propre bière… et d’offrir le grain fermenté aux cochons. Le commerce d’alcool illicite est tel que, pendant la période des Fêtes, la police provinciale patrouille le quai de Guigues afin que les citoyens n’importent pas d’alcool en provenance de l’Ontario, où la vente d’alcool est légale.

Les bouchers

Avant l’apparition du réfrigérateur (qui deviendront plus accessibles dans les années 50), le boucher offrait un service très apprécié. Avec sa voiture à cheval, il parcourait les rangs du Témiscamingue. Pour conserver la viande, il avait à sa disposition un petit bâtiment dont les murs étaient remplis de bran de scie et placardés de blocs de glace à l’intérieur. Ces blocs devaient être sciés sur le lac pendant l’hiver. Certains bouchers se rendaient jusqu’à Rouyn pour écouler leurs produits. « À chaque maison, on arrête et on pèse sur le criard. La dame de la maison fait signe si elle veut de la viande », peut-on lire dans le livre de l’histoire de Guigues. Les cultivateurs « faisaient parfois eux-mêmes boucherie », et ils enveloppaient la viande dans des poches de farine qu’ils plaçaient dans un seau fermé déposé ensuite au fond du puits.

La manne bleue

L’arrivée du chemin de fer sera responsable d’une nouvelle activité agricole : les bleuets. Si, auparavant, ce petit fruit n’était cueilli que pour un usage personnel, le transport par train ouvrira la porte à « l’exportation ». La crise économique de 1929 apporte avec elle un mode pour les bleuets, et les revenus de leur cueillette peuvent s’avérer très intéressant. C’est ainsi que même les enfants peuvent contribuer aux revenus familiaux. À Béarn, dans les années 1910, un feu a ravagé le rang 9 et il est rapidement devenu, avec le « Grand brûlé », un paradis du bleuet. De nombreux paniers ont été expédiés à Toronto et assuraient un autre moyen de subsistance en ces temps très difficiles.

Laverlochère ou Hawaii

Difficile de dénicher la date exacte de leur exploit, mais il semble qu’un couple de Laverlochère, Fernand et Justine Bélanger, soit parvenu à faire pousser… un ananas! Il a fallu trois ans avant de voir apparaître sept tiges avec un petit ananas sur chacune. On en choisit un qu’on laisse mûrir, et qui devient très savoureux. Le Témiscamingue n’a pas fini de surprendre.

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