Actualités, Cahier Agroalimentaire

Notre production agricole à l’heure des changements climatiques

En 2018, pas moins de 175 entreprises agricoles de l’Abitibi-Témiscamingue ont bénéficié d’indemnisations de la Financière agricole totalisant 8,3 M$. Une année record, le double de l’année la plus catastrophique récemment connue où 4 M$ en indemnisations avaient été attribués.

Pour Marc Dickey, directeur territorial, les années se suivent et se ressemblent rarement. Par exemple, la somme la plus basse en indemnisations distribuées avait été de 300 000 $. « Nous adaptons toujours nos programmes en fonction des besoins, a-t-il indiqué. Mais en 2018, pratiquement tous les éléments étaient présents. Les producteurs ont dû composer avec un printemps froid et tardif, une sécheresse au milieu de l’été et des gels hâtifs à l’automne. »

Sur le terrain

Luc Mayer, président des Producteurs de grains de l’Abitibi-Témiscamingue, est producteur à Béarn. Il est aux premières loges pour constater l’influence du climat sur les travaux et les récoltes. « De plus en plus, les périodes pour exécuter les travaux sont raccourcies, les périodes de beau temps sont moins longues pour nous faciliter la tâche, a-t-il noté. Quoique, cette année, la neige qui fond lentement comporte certains avantages au niveau de la nappe phréatique, nous ne serons pas en mesure de débuter les travaux au début du mois de mai. Ça devrait être reporté au 15 mai. »

Même s’il n’a pas une si longue expérience en production, monsieur Mayer a été à même de mesurer les récents caprices du climat. Selon ses propres observations, les périodes de sécheresse alternent de plus en plus avec des pluies très abondantes. « C’est comme soit l’un ou l’autre, a-t-il souligné. C’est, soit trop chaud, soit trop froid, trop de pluie, trop sec. Les périodes extrêmes prennent de plus en plus de place. »

Selon monsieur Mayer, le dernier été parfait pour la production de grains remonte à 2014. « L’été s’est bien passé, tout était sous contrôle, mais c’est à l’automne que ça s’est gâché, a-t-il relaté. J’avais moi-même réussi à tout récolter, mais plusieurs n’y sont pas parvenus. Autour de 15 % des récoltes étaient restées au champ. »

En mode adaptation

Patrick Martineau est responsable de l’aménagement du territoire et de l’environnement à la Fédération de l’UPA de l’Abitibi-Témiscamingue. C’est lui qui se penche sur les impacts du climat en production agricole. Il travaille avec un document intitulé Scénarios climatiques et impacts potentiels réalisé dans le cadre du programme Agriclimat en collaboration avec Ouranos, un consortium québécois de recherche spécialisé en climatologie.

« Notre but est d’abord de sensibiliser les producteurs aux changements climatiques, a fait observer monsieur Martineau. Les mesures d’adaptation qui sont proposées seront fournies dans le cadre de services-conseils qui permettront aux producteurs de planifier en fonction de ces changements liés au climat. »

Dans un horizon qui s’étale jusqu’à 2050, les producteurs devront s’ajuster, entre autres, à une augmentation de la température, un allongement de la saison de croissance des végétaux, à des extrêmes de chaud et de froid de même qu’à des hausses de précipitations tant dans leur forme que dans leur quantité.

Parmi les mesures d’adaptation proposées, pensons à l’amélioration du dépistage d’insectes, de maladies, de mauvaises herbes, l’évitement de la compaction des sols, l’aménagement de haies brise-vent, de zones de pâturage ombragées pour les animaux.

Un guide, destiné aux producteurs, pourrait éventuellement être élaboré à partir des données déjà connues. Ceux-ci pourraient d’ores et déjà être à même d’en tenir compte dans la planification précédant certains types de travaux.