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Réactions à la hausse du salaire minimum en Ontario

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Depuis le 1er janvier 2018, le salaire minimum en Ontario est passé de 11,60 $ à 14 $ de l’heure, soit une hausse de 2,40 $. Et celui-ci passera à 15 $ de l’heure dès janvier 2019. Bien sûr, le sujet a fait couler beaucoup d’encre depuis que la première ministre de l’Ontario, Kathleen Wynn, en a fait l’annonce officielle, en mai dernier. La satisfaction s’est aussitôt fait sentir du côté des syndicats et des militants pour les travailleurs qui réclamaient cette hausse depuis plusieurs années, alors que l’incompréhension et l’inquiétude se sont manifestées chez les économistes et nombreux entrepreneurs.

La femme d’affaires Nicole Guertin, propriétaire, entre autres, du Café Meteor Bistro à Haileybury, avoue que cette augmentation du salaire minimum est une bouchée difficile à avaler pour les petits restaurateurs. « C’est 5 200 $ de plus, par année, par employé au salaire minimum », mentionne-t-elle. Le coût de la main-d’œuvre représente entre 32 % et 40 % du budget d’opération pour les restaurants, un pourcentage qui fait grincer des dents lorsque le salaire minimum augmente. « Ceci signifie qu’une entreprise doit augmenter ses revenus de l’année de 13 000 $ pour couvrir cette hausse du gouvernement. » Même si la bouchée risque de passer de travers pour le consommateur, la hausse du prix des produits s’avère maintenant inévitable pour la survie des petites et moyennes entreprises. « Si tu vends des muffins à 2 $, ça veut dire que tu dois en vendre 6 500 de plus pour combler tout ça », donne-t-elle comme exemple pour que l’on visualise plus clairement la perte financière d’une entreprise comme la sienne.

L’opinion de Yan Lecompte de LDG Office Supplies-BuroPlus, entreprise située à New Liskeard, est quelque peu partagée sur le sujet. « D’un côté plus personnel, je trouve ça bien pour le travailleur qui n’a pas connu de hausse vraiment importante au cours des dernières années. Son épicerie coûtait plus cher, son hypothèque aussi, mais lui, il gagnait toujours la même chose pour payer tout ça plus cher. Côté entreprise, c’est une autre affaire. Passer de 11,60 $ à 14 $ de l’heure, c’est sûr que c’est un gros step, d’un coup sec. C’est sûr que le coût de la vie va augmenter à un moment donné. Tout le monde va vouloir sa part du gâteau et ça va entraîner une hausse de prix des produits. » Monsieur Lecompte se questionne par rapport aux magasins de grande surface. « Les grandes surfaces qui emploient une cinquantaine d’employés et plus, comment elles vont réagir à tout ça? Le prix de leurs produits va augmenter et les autres vont suivre. Je ne sais pas combien de temps que ça va prendre, mais c’est sûr que tout ça va entraîner une hausse du coût de la vie. Il faut s’attendre à ça. » Il termine en mentionnant l’injustice créée par cette augmentation entre les employés nouvellement arrivés et ceux qui sont plus expérimentés.

Stéphanie Ménard est étudiante à l’Université Laurentienne de Sudbury. La future bachelière en sciences travaille à temps partiel au Walmart de New Liskeard depuis cinq ans. Le salaire minimum à 11,60 $, elle ne l’a jamais connu puisque la multinationale paye un salaire supérieur au minimum exigé, rémunération qui augmente quelque peu avec les années d’expérience et les primes de satisfaction. « Mon salaire passe de 12,35 $ à 14,15 $ de l’heure. Je gagne maintenant la même chose que le nouveau qui commence et que celui qui travaille là depuis 20 ans », explique-t-elle.  La jeune femme avoue que cette augmentation peut être frustrante pour les employés qui travaillent là depuis très longtemps puisque l’augmentation ne tient pas compte de leur ancienneté. D’un autre côté, ces employés bénéficient tout de même d’une augmentation puisqu’ils étaient encore assez loin du 14 $ de l’heure. Bien que le sujet ait animé plusieurs pauses dans la « lunch room » et que certains commentaires négatifs ont circulé, Stéphanie Ménard n’a pas senti l’ambiance de travail affectée par ce changement économique. « Pour les étudiants qui doivent payer leurs études, c’est une hausse qui va faire du bien, j’en suis certaine », termine celle qui attend avec impatience son premier chèque de paye du mois de janvier.

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Dominique Roy