La chaleur, la fatigue et l’envie d’abandonner ont accompagné Élodie Joncas pendant les derniers kilomètres du P113 du Challenge Cap Québec. Pourtant, l’athlète originaire de l’Abitibi a continué jusqu’à franchir la ligne d’arrivée en première position de sa catégorie. Derrière cette victoire se dessine surtout le portrait d’une jeune femme qui a appris à avancer avec discipline, autant dans le sport que dans la vie.
Quand le mental prend le relais
Les sept derniers kilomètres ont été les plus longs.
Sous un soleil qui faisait grimper le mercure près des 30 degrés, Élodie Joncas ne luttait plus vraiment contre les autres participantes. Elle luttait contre cette petite voix qui lui répétait que ce serait plus simple d’arrêter. Autour d’elle, certains athlètes ont été ralentis par la chaleur, d’autres devaient abandonner. Elle, au contraire, s’est accrochée à son rythme jusqu’à franchir la ligne d’arrivée en première position chez les 20 à 24 ans du P113 du Challenge Cap Québec.
« J’avais vraiment le goût de lâcher. C’était une bataille constante dans ma tête. Je n’avais pas mal musculairement, mais avec la chaleur, c’était vraiment difficile. » Ce sont ces derniers kilomètres qui lui reviennent spontanément lorsqu’elle repense à sa course. Non pas parce qu’ils ont été les plus rapides, mais parce qu’ils ont demandé d’accepter la douleur sans la laisser décider de la suite.

Le reste de l’épreuve s’était pourtant déroulé presque exactement comme elle l’espérait. La natation, plus technique qu’à l’habitude en raison des nombreuses bouées, exige de rester calme et de bien gérer ses trajectoires. Puis est venu le vélo, sur un parcours longeant le fleuve Saint-Laurent, où l’absence de vent lui permet de maintenir des vitesses qu’elle atteint rarement. « Honnêtement, ça n’aurait pas pu aller mieux que ça », résume-t-elle.
Le véritable défi a commencé à la course. Consciente que cette compétition se déroulait en plein cœur de l’été, elle s’était préparée à composer avec la chaleur en intégrant progressivement des entraînements dans des conditions similaires. À chaque ravitaillement, elle a pris le temps de se refroidir avec de l’eau et de la glace avant de repartir. Cette préparation lui a permis de continuer alors que la température mettait plusieurs participants à rude épreuve.
Un moment lui fait toutefois comprendre que la journée pourrait prendre une tournure inattendue. En dépassant Juliette Barry, une autre triathlète de Rouyn-Noranda qu’elle considère parmi les meilleures de sa catégorie, elle a réalisé qu’elle se trouvait probablement dans le groupe de tête. « Je savais qu’elle allait très bien performer. Quand je l’ai dépassée, je me suis dit que je devais être en bonne position. » Malgré tout, elle ne s’attendait toujours pas à monter sur la plus haute marche du podium.

Cette retenue revient souvent dans sa façon de parler. Lorsqu’on lui demande si cette victoire représente son plus grand accomplissement, elle hésite avant de répondre. « Quand j’atteins un objectif, je regarde déjà le suivant. » La phrase n’est pas lancée par fausse modestie. Elle reflète simplement une manière d’aborder les défis qui semble guider autant sa carrière sportive que son parcours universitaire.
Le choix de la discipline
Étudiante en médecine à Québec, Élodie Joncas partage ses semaines entre les stages, les cours et les entraînements. Deux séances de natation, plusieurs sorties de course et de vélo doivent trouver leur place dans un horaire déjà bien rempli. Pourtant, elle refuse de présenter cette réalité comme une accumulation de sacrifices. Au contraire, elle dit avoir trouvé un équilibre qui lui convient parce qu’il repose d’abord sur le plaisir.
« Quand tu aimes ce que tu fais, ce n’est pas un effort. Bien sûr qu’il y a des journées où tu es fatiguée, mais après, tu es toujours contente d’y être allée. » Pour elle, la difficulté n’est pas tant de multiplier les activités que d’accepter de ne pas pouvoir tout faire. « Il faut apprendre à reconnaître ce qui est le plus important pour soi. Il faut accepter de dire non à certaines choses et être à l’aise avec ses décisions. »
Le triathlon est d’ailleurs arrivé progressivement dans sa vie. Ancienne gymnaste, elle s’est d’abord mise à courir, puis à nager. C’est finalement sa mère, passionnée de vélo de route, qui lui prête son vélo le temps d’un été. Ce qui devait être une simple découverte devient rapidement un nouveau défi. Elle choisit alors de s’inscrire à un P113 pendant sa dernière année d’études avant les stages, convaincue que c’était le bon moment pour se lancer un objectif ambitieux.
Même après cette victoire, Élodie Joncas ramène rapidement la conversation vers les autres. Avant de terminer l’entrevue, elle tient à souligner la performance de Juliette Barry et remercie les nombreux Abitibiens qui lui ont écrit pour la féliciter. « Quand je reviens m’entraîner en région, les gens m’encouragent en me voyant courir. On a un beau sentiment d’appartenance. »
Au fond, cette première place au Challenge Cap Québec reflète une remarquable performance sportive. Mais elle révèle surtout une façon d’avancer qui dépasse largement le triathlon. À une époque où l’on valorise souvent le fait d’en faire toujours plus, Élodie Joncas rappelle qu’il est parfois plus important de savoir où investir son énergie. C’est peut-être cette discipline, autant que les heures d’entraînement, qui l’a menée jusqu’à la ligne d’arrivée.