À Notre-Dame-du-Nord, les enjeux de sécurité publique et d’itinérance ne sont plus considérés comme des problèmes lointains. Le mercredi 22 juillet, la municipalité a profité de la visite du vice-premier ministre et ministre de la Sécurité intérieure, Ian Lafrenière, pour lui présenter les préoccupations du milieu, mais surtout les solutions déjà imaginées localement.
Lors de cette rencontre, le maire Michel Vaillant a remis les conclusions du forum sur la sécurité publique, l’itinérance et la santé mentale organisé le 2 juin à Notre-Dame-du-Nord. Une vingtaine d’intervenants et de citoyens avaient alors réfléchi aux moyens de prévenir la criminalité, de mieux soutenir les personnes vulnérables et de faciliter leur retour vers un logement stable ou un emploi. « Si on veut régler les problèmes, ce n’est pas en les ignorant qu’on va y arriver. »
Des ressources trop éloignées
L’une des principales demandes concerne l’accès aux services destinés aux personnes en situation d’itinérance. Ceux-ci sont largement concentrés à Ville-Marie, ce qui oblige les personnes vivant à Notre-Dame-du-Nord à se déplacer pour obtenir de l’hébergement ou un accompagnement.
La municipalité dit avoir recensé 18 personnes en situation d’itinérance à Notre-Dame-du-Nord et à Timiskaming First Nation. Pour une communauté d’environ 1 100 habitants, le nombre est loin d’être marginal.
Michel Vaillant souhaite donc que certains services puissent être offerts directement dans le secteur. « Le fait d’avoir des ressources sur place permettrait de mieux encadrer les personnes et de leur proposer des aides pour sortir de l’itinérance, retrouver un travail et avoir un domicile fixe. »
Selon les données régionales évoquées par le maire, l’itinérance aurait connu une hausse de 112 % en Abitibi-Témiscamingue au cours des dernières années. Pour Michel Vaillant, cette progression confirme que les petites municipalités doivent elles aussi être mieux outillées.
Une collaboration policière à revoir
La municipalité a également demandé au ministre d’examiner la possibilité d’une collaboration accrue avec le service de police de Timiskaming First Nation. Bien que tout près, ce dernier ne peut actuellement intervenir à Notre-Dame-du-Nord sans une requête de la Sûreté du Québec — une contrainte inquiétante durant la nuit, quand les effectifs provinciaux sont éloignés.
Le maire rapporte notamment que des paramédics doivent parfois attendre plus d’une heure avant de pénétrer dans une résidence lorsqu’une présence policière est requise. « Il existe déjà un service tout près. On demande de regarder comment il pourrait intervenir dans certaines situations lorsque la Sûreté du Québec ne peut pas arriver rapidement. »
La démarche viserait autant la prévention que les interventions urgentes. Elle nécessiterait cependant des ententes juridiques et politiques entre les différents partenaires.

Une première mesure déjà en marche
Pendant que les discussions se poursuivent avec Québec, une initiative concrète a déjà vu le jour à Notre-Dame-du-Nord. À la suite du forum de juin, le Groupe IMAGE et le Carrefour jeunesse-emploi du Témiscamingue ont implanté localement le programme Tapage, qui permet à des personnes en situation d’itinérance d’effectuer quelques heures de travail rémunéré.
Grâce à un don de 1 000 $ de la Fabrique de la paroisse Saint-Joseph, des participants ont été engagés pour nettoyer et entretenir le parc de la place des Commémorations, autour de l’église. Les bénévoles offrent également un repas aux travailleurs, créant un moment d’échange qui dépasse la simple rémunération. La municipalité espère maintenant que d’autres organisations emboîteront le pas. « Ce sont des occasions de travailler, mais aussi d’être accompagné et de reprendre contact avec la communauté. »
Depuis le forum, le maire remarque aussi une plus grande attention de la population. Lorsqu’il reste de la nourriture après une fête ou une activité, des citoyens et des organismes communiquent désormais avec le Carrefour jeunesse-emploi ou le Groupe IMAGE afin qu’elle soit acheminée à des personnes en difficulté.
Aucun engagement ferme
La rencontre du 22 juillet n’a toutefois donné lieu à aucune promesse précise ni à aucun échéancier. Ian Lafrenière se serait engagé à assurer un suivi des demandes et des dossiers présentés. La municipalité souhaite que certaines avancées surviennent avant les élections provinciales d’octobre, consciente qu’un changement de gouvernement pourrait prolonger les démarches. « On espère, mais on n’a pas la moindre certitude ni garantie. »
La discussion a également débordé des enjeux de sécurité pour toucher les difficultés administratives vécues par les petites municipalités. Michel Vaillant a notamment soulevé le dossier de l’usine de traitement de l’eau potable, évalué à plus de 7 M$, alors que le budget annuel de Notre-Dame-du-Nord se situe autour de 3,2 M$.
Pour l’administration municipale, la visite ministérielle représentait donc plus une nouvelle étape moins qu’un aboutissement. Les problèmes ont été identifiés, des pistes ont été proposées et certaines initiatives sont déjà en cours. Il reste maintenant à déterminer si l’écoute accordée par Québec se traduira par des moyens durables sur le terrain.