De Ville-Marie à Venise, Janie Chartier franchit un cap

6 août 2026

par : Ange Major | amajor@journallereflet.com

photo : Marie-Hélène Brault

En septembre, un film coproduit par la Témiscamienne Janie Chartier sera présenté en première mondiale à la Mostra de Venise. Sélectionné dans la compétition Orizzonti, The Color of the Sun marquera une étape importante pour la productrice originaire de Ville-Marie et la maison Twin Brains Films, qu’elle a cofondée avec le réalisateur Xavier Tera.

Au lendemain de l’annonce publique du 23 juillet, Janie Chartier était en transit à Montréal. À quelques semaines de la 83e Mostra de Venise, la productrice mesurait encore la portée de la nouvelle : le premier long métrage de Xavier Tera venait d’être retenu dans la sélection officielle du festival italien. « C’était ce qu’on pouvait attendre de mieux pour le film. On visait vraiment ce festival à la base. Pour nous, c’est une nouvelle extraordinaire. »

The Color of the Sun sera présenté entre le 2 et le 12 septembre sur le Lido de Venise. D’une durée de 111 minutes, la coproduction entre le Canada, l’Italie et le Japon concourra dans Orizzonti, une section qui accorde une attention particulière aux premiers films, aux productions indépendantes et aux cinéastes qui commencent à s’imposer sur la scène internationale.

Pour Janie Chartier, cette sélection a consacré un parcours amorcé loin des grands festivals. Originaire de Ville-Marie, elle a cofondé Twin Brains Films avec Xavier Tera avant que le duo n’établisse ses activités à Tokyo, en mai 2017. Leur travail les avait jusque-là menés vers la publicité, la photographie et la production de contenus réalisés entre le Japon et le Canada.

Venise représentera donc davantage qu’une vitrine pour un nouveau film. Il s’agira, pour la productrice, d’une première véritable entrée dans le circuit international du long métrage. « C’est un pas dans le monde du cinéma international. Sachant que notre premier film se retrouve dans cette catégorie, c’est vraiment un exploit pour nous. »

Une histoire née à Okinawa

Le projet a commencé à prendre forme pendant la pandémie, alors que Janie Chartier et Xavier Tera ont passé une longue période sur l’île japonaise d’Okinawa. En découvrant son histoire et en côtoyant les jeunes qui y vivaient, ils ont trouvé la matière d’un récit portant sur l’identité et l’appartenance. « On a appris à connaître l’histoire et une majorité de jeunes sur l’île. Xavier s’en est inspiré pour écrire cette histoire, puis nous l’avons produite. »

Le film suit un adolescent d’Okinawa endeuillé qui se rapproche, au début des vacances d’été, d’un garçon ayant grandi sur une base militaire américaine. Leur amitié se développe dans un territoire marqué par son histoire politique et par la présence militaire des États-Unis. Plutôt que de traiter ces réalités comme une toile de fond lointaine, le récit les aborde à travers deux jeunes qui cherchent leur place sur une île qu’ils considèrent tous les deux comme leur foyer.

Tourné au Japon en japonais et en anglais, The Color of the Sun a été filmé en 35 millimètres. Naoto Shimajiri et West Mulholland y tiennent les rôles principaux. Le directeur de la photographie thaïlandais Sayombhu Mukdeeprom a travaillé aux côtés d’une équipe comprenant notamment Rika Nakanishi à la direction artistique et Véronique Barbe au montage.

Cette équipe internationale correspondait à la manière dont Janie Chartier avait développé Twin Brains depuis son installation au Japon : en maintenant des liens avec le Québec tout en bâtissant des collaborations en Asie, en Europe et aux États-Unis.

La participation d’une société italienne à la coproduction avait d’ailleurs contribué à faire de Venise une destination privilégiée pour le film. La sélection n’en demeurait pas moins incertaine jusqu’à l’annonce officielle. « On compétitionne contre d’autres réalisateurs très connus. Pour nous, c’est une chance immense. »

Revenir avec d’autres projets

À Venise, Janie Chartier ne cherchera pas seulement à faire connaître The Color of the Sun. Elle souhaite également rencontrer des producteurs et des cinéastes susceptibles de participer aux prochains projets de Twin Brains.

La productrice espère ainsi développer de nouvelles collaborations avec des partenaires établis aux États-Unis, en Asie ou en Italie. L’accueil réservé au film par les critiques et les professionnels de l’industrie pourrait influencer les étapes suivantes, sans toutefois garantir à lui seul la suite de son parcours.

Au Canada, la distribution de The Color of the Sun sera assurée par Immina Films. Une sortie en salle a été annoncée pour les prochains mois, mais aucune projection au Témiscamingue n’avait encore été confirmée au moment de l’entrevue. Janie Chartier a néanmoins évoqué la possibilité d’un passage par le Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue et exprimé le souhait de présenter le film dans sa région natale. « J’aimerais bien que le film soit diffusé au Témiscamingue, au cinéma de Ville-Marie. Dans l’idéal, si je suis dans les parages, j’aimerais être là. »

Avant de savoir si ce retour se concrétisera, Janie Chartier accompagnera d’abord le film à Venise. Neuf ans après avoir installé sa maison de production à Tokyo, la productrice de Ville-Marie verra ainsi un projet né à Okinawa rencontrer pour la première fois le public international.

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