La Première Nation de Long Point, établie à Winneway, et la communauté de Kitcisakik ont annoncé, le 5 août, qu’elles se tournaient vers la Cour fédérale pour contester la décision d’Ottawa de ne pas adopter un décret d’urgence visant la protection du caribou boréal au Québec.
Les deux communautés anicinabek demandent au tribunal de réviser la décision du gouvernement fédéral de privilégier une entente de financement avec Québec. Elles soutiennent que les mesures provinciales ne procurent pas à l’habitat du caribou une protection équivalente à celle qu’aurait assurée le décret envisagé par Ottawa.
Le gouvernement fédéral avait conclu, le 10 mai 2024, que le caribou boréal faisait face à une menace imminente pour son rétablissement, notamment en raison de l’intensification des activités forestières et de l’expansion du réseau routier. Le ministre fédéral de l’Environnement était alors tenu de recommander la prise d’un décret d’urgence en vertu de la Loi sur les espèces en péril.
Des consultations avaient ensuite été menées entre juin et septembre 2024 afin de déterminer la portée d’un éventuel décret. Celui-ci aurait ciblé les populations de Val-d’Or, de Charlevoix et de Pipmuacan et aurait notamment pu interdire certaines activités forestières ainsi que l’agrandissement de chemins dans des secteurs désignés.
Ottawa a finalement annoncé, le 30 juin 2026, qu’il choisissait « pour le moment » une approche de collaboration avec le Québec et les Premières Nations. Une entente prévoit le versement d’un maximum de 25 M$ au Québec sur cinq ans pour soutenir des mesures de conservation, de suivi et de protection des populations de caribous. Le gouvernement fédéral a également annoncé 15 M$ sur cinq ans pour des projets menés par des communautés autochtones.
La Première Nation de Long Point et Kitcisakik affirment ne pas avoir été consultées avant ce changement d’approche. Cette affirmation n’est pas abordée dans les documents publics du gouvernement fédéral, qui indique plutôt vouloir consulter et faire participer les communautés autochtones lors de la mise en œuvre des mesures financées.
Les deux communautés rappellent avoir volontairement cessé de chasser le caribou afin de contribuer à sa survie, sans considérer cette décision comme un abandon de leurs droits ancestraux. Elles présentent la protection de l’espèce comme une responsabilité culturelle envers le territoire et les générations futures. « Le Canada a reconnu que le caribou boréal faisait face à une menace imminente et s’est engagé à agir. Nos communautés ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour protéger cette espèce », a déclaré le chef de Long Point, Steeve Mathias.
La Nation anishnabe du Lac Simon a également entrepris une procédure distincte concernant la protection des mêmes populations de caribous, selon Long Point et Kitcisakik. Les communautés disent poursuivre séparément un objectif commun : empêcher la disparition de l’espèce.