150 ans plus tard, Obadjiwan rassemble encore

24 août 2026

par : Ange Major | amajor@journallereflet.com

photo : Stephany Lafave

Le 22 août dernier, le lieu historique national d’Obadjiwan–Fort-Témiscamingue a renoué avec une histoire vieille de 150 ans. Des visiteurs et des représentants de différentes cultures s’y sont rassemblés pour commémorer le grand rassemblement de 1876, immortalisé sur l’une des plus anciennes photographies connues du Témiscamingue. Organisée avec la Corporation Obadjiwan, le Secrétariat de la Nation algonquine et Parcs Canada, la journée visait moins à recréer le passé qu’à rappeler qu’Obadjiwan demeure, encore aujourd’hui, un lieu de rencontre.

C’était précisément l’intention derrière la commémoration du grand rassemblement de 1876 : ne pas simplement regarder une vieille photographie, mais lui donner une suite. « La meilleure façon de commémorer le rassemblement, c’est vraiment d’en créer un nouveau », résume Simon Laquerre, gestionnaire du lieu historique national d’Obadjiwan–Fort-Témiscamingue.

Un territoire loin d’être vide

La photographie à l’origine de la commémoration compte parmi les plus anciennes du Témiscamingue. Elle a été prise lors d’un événement en lien avec la visite de l’évêque d’Ottawa, Jean-Thomas Duhamel. Des familles étaient venues en canot. Des membres des communautés anichinabés, des représentants religieux, des employés du poste de traite et des Canadiens français se trouvaient alors au même endroit.

Les visages sont aujourd’hui difficiles à distinguer. Les journaux des Oblats de la mission Saint-Claude et ceux du poste de traite ont toutefois permis de conserver certaines traces de cette journée. Le reste demeure en partie mystérieux.

Pour Simon Laquerre, c’est justement ce que la photographie a de précieux. Derrière les silhouettes, elle révèle un Témiscamingue bien différent de l’image d’un territoire isolé que l’on peut facilement se faire de cette époque. « Ce que je vois, c’est un endroit qui est rempli de vie. Il y a des canots, des tentes, les bâtiments du fort, mais il y a surtout beaucoup de personnes. Les gens circulaient, se rencontraient, faisaient du commerce, échangeaient et entretenaient des relations. »

Le rassemblement de 1876 ne s’est d’ailleurs pas produit à Obadjiwan par hasard. Bien avant le poste de traite et l’arrivée des Européens, la pointe constituait déjà un lieu de passage et de rencontre pour les Anishinabeg. Depuis des millénaires, sa position sur le lac en faisait un endroit où les déplacements et les échanges convergeaient. « Ça nous rappelle qu’Obadjiwan–Fort-Témiscamingue était déjà un lieu important bien avant qu’il y ait des routes, bien avant que les villages puis les villes apparaissent. »

Un monde qui commençait à changer

La photographie a aussi figé un moment charnière. En 1876, l’époque du commerce des fourrures touchait à sa fin. Les communautés se transformaient, la colonisation canadienne-française progressait et la création des réserves autochtones modifiait profondément le territoire et la vie de ceux qui l’habitaient. Quelques décennies plus tard, la construction de barrages allait également faire monter le niveau du lac.

Les bâtiments visibles sur la photographie ont presque tous disparu depuis. Il n’en reste essentiellement que des cheminées. Les modes de transport et les réseaux commerciaux ont changé à leur tour. Pourtant, lorsqu’il regarde le lac depuis la pointe, Simon Laquerre retrouve encore quelque chose du décor observé par les personnes photographiées 150 ans plus tôt. « Le lieu reste assez naturel, les berges sont boisées. On a une vue quand même assez similaire à l’époque. »

C’est sur cette continuité que la commémoration s’est construite. Autour du dévoilement du monument 1876 Maamawiinowag, les traditions anichinabées, canadiennes-françaises et écossaises ont repris place sur le site par la musique, la danse, les vêtements traditionnels et la nourriture. Tambours, cornemuses et violons ont ainsi rappelé les différentes histoires qui se sont croisées à Obadjiwan.

Il ne s’agissait toutefois pas de prétendre que ces histoires ont toujours été vécues de la même manière ni que les relations entre les groupes ont été simples. « Le défi, ce n’est pas que tout le monde raconte la même histoire, c’est plus que tout le monde comprenne mieux chaque perspective. »

C’est aussi pour cette raison que la vieille photographie n’a pas été laissée seule dans une salle d’exposition. Cent cinquante ans après son déclenchement, l’appareil photo s’est de nouveau tourné vers la pointe et vers ceux qui y étaient réunis. Le paysage ressemblait encore à celui de 1876. Les personnes, elles, appartenaient à un autre temps. Et c’était peut-être là l’essentiel de la journée : montrer qu’Obadjiwan n’est pas uniquement un endroit où des gens se sont autrefois rencontrés. Ils continuent de le faire.

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