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Culture

Valérie Plante fait exploser les silences dans Grenades

Par : Joanie Dion

Valérie Plante | Crédit Maude Chauvin
Valérie Plante (Photo : Maude Chauvin)

Après douze ans en politique municipale, dont huit à la tête de Montréal, Valérie Plante tourne la page d’une première vie publique pour en ouvrir une autre, cette fois sous le signe de la fiction. Avec Grenades, son premier roman publié chez Leméac le 16 septembre dernier, l’ancienne mairesse explore les violences faites aux femmes, l’épuisement, les bouleversements intérieurs et, surtout, les liens qui permettent de se reconstruire.

« Ce livre-là voulait être écrit », raconte Valérie Plante en entrevue. Assise devant une idée, elle s’est mise à écrire et une première version a pris forme en quelques mois seulement.

Cette urgence n’était pas étrangère à ce qu’elle vivait elle-même à l’époque. Alors qu’elle était toujours mairesse de Montréal, des « explosions intérieures » grondaient en elle. Elle continuait pourtant d’assumer les responsabilités liées à son rôle, un travail qu’elle dit avoir adoré. Écrire est alors devenu une façon de faire sortir ce qui jusque-là était resté à l’intérieur.

« Quand on vit des explosions intérieures, des explosions intimes », explique-t-elle, le roman peut devenir un espace pour les regarder autrement.

Plutôt que de raconter sa propre histoire, Valérie Plante a choisi la fiction. Un choix qui lui a permis de multiplier les voix et les perspectives, sans prétendre détenir les réponses aux situations complexes abordées dans le livre.

Parmi celles-ci, la violence conjugale et les agressions occupent une place importante. L’autrice s’est notamment inspirée de son expérience de bénévolat au Centre de femmes de Montréal, où elle accompagnait des femmes à la cour alors qu’elle était étudiante à l’université.

Cette expérience lui a fait côtoyer directement des récits de violence. Mais elle souligne surtout à quel point ces histoires sont proches de tous et toutes, particulièrement lorsqu’on prend le temps d’en parler.

« La question de la violence domestique, c’est quasiment banal, tellement ça peut être très près de nous », dit-elle.

Grenades cherche ainsi à mettre en lumière des violences parfois banalisées ou minimisées. Une agression ne devient pas moins importante parce qu’elle est jugée moins grave qu’une autre, rappelle-t-elle. Cette idée traverse le roman, tout comme celle des doubles standards auxquelles les femmes peuvent être confrontées.

L’un des personnages, Andréa, travaille comme cheffe de cabinet dans le milieu politique. Sans être un double de l’ancienne mairesse, le personnage porte nécessairement une part de l’expérience de celle qui l’a créée.

« C’est évident que mon vécu dans le milieu politique a inspiré la vie d’Andréa », reconnaît Valérie Plante.

Elle insiste toutefois sur la distinction entre fiction et autobiographie. Les personnages ont leur propre trajectoire et elle a voulu leur laisser la liberté de vivre leurs histoires sans les enfermer dans la sienne.

Au milieu de ces thèmes lourds, l’autrice voulait néanmoins que son premier roman demeure lumineux. Pour elle, cette lumière passe notamment par la sororité, cette solidarité entre femmes qui occupe une place centrale dans sa propre vie.

Autre défi : faire vivre des personnages issus de différents horizons culturels et raconter l’immigration sans l’avoir elle-même vécue. Sa formation en anthropologie et ses nombreux voyages l’ont aidée à adopter, dit-elle, un « regard doux » et respectueux sur les processus migratoires.

Une partie de l’histoire touche notamment aux réalités d’Istanbul, une ville qu’elle connaît et à laquelle elle est attachée. Elle s’est appuyée sur ses séjours là-bas, ses recherches et des discussions avec des amis originaires de la ville pour nourrir son récit. Elle a aussi travaillé étroitement avec son éditrice, notamment pour repérer d’éventuelles sensibilités liées aux réalités abordées dans le roman.

Couverture du livre « Grenades » (Photo : Gracieuseté)

Avant même de présenter son manuscrit dans le milieu éditorial, Valérie Plante a toutefois voulu savoir si son texte pouvait tenir sans la notoriété de son nom. Elle a donc créé un pseudonyme et fait lire le roman à une lectrice expérimentée, elle-même autrice publiée.

L’objectif : un véritable « test à l’aveugle ».

La lectrice lui a remis un rapport écrit avant de découvrir sa véritable identité. Le résultat l’a rassurée : l’histoire fonctionnait et l’écriture était fluide. Restait ensuite un important travail de réécriture. Valérie Plante affirme avoir coupé environ 8 000 mots de son manuscrit, une étape qu’elle dit avoir particulièrement appréciée.

« J’aime apprendre », résume-t-elle.

Et visiblement, elle n’a pas l’intention de s’arrêter là. « J’ai un autre projet [d’écriture] qui va être complètement différent […], j’ai encore plein d’histoires à raconter », confie Mme Plante.

La littérature ne constitue par ailleurs qu’un volet de cette nouvelle étape de sa vie. À l’automne, Mme Plante retourne également à l’Université de Montréal, où elle développera notamment un cycle de conférences portant sur la transition écologique, la démocratie et la participation citoyenne.

Une façon, pour elle, de poursuivre autrement son engagement public.

De la politique à la littérature et à l’université, Valérie Plante revendique désormais cette multiplicité. Elle croit notamment que l’art peut permettre d’aborder certains enjeux autrement et de rejoindre des gens qui ne se sentiraient pas nécessairement interpellés par une conférence ou un discours politique.

Avec Grenades, elle choisit donc une nouvelle forme pour poser des questions qui, elles, demeurent profondément humaines. Et si le roman est né d’une urgence personnelle, il semble surtout marquer le début d’une nouvelle liberté créative pour son autrice.

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