Ensemble Aiguebelle : Une tournée régionale accompagnée des Beatles
Par : Joanie Dion
Pour sa tournée régionale, l’Ensemble Aiguebelle propose une rencontre pour le moins étonnante : celle de la musique baroque et des grands succès des Beatles. Sous la direction artistique et musicale de Jacques Marchand, l’ensemble à cordes de 15 musiciens fera voyager le public dans un univers où Bach, Händel et Vivaldi côtoieront les classiques du légendaire groupe britannique.
L’idée est née d’une curiosité musicale. L’Ensemble Aiguebelle, formation à cordes issue de l’Orchestre symphonique de l’Abitibi-Témiscamingue, permet à Jacques Marchand d’explorer un répertoire différent. « C’est plus petit, c’est plus intime, puis ce ne sont que des cordes », explique-t-il. Cette configuration se prête particulièrement bien à la musique baroque, dont le style s’est développé notamment au XVIIIe siècle.
À ce répertoire traditionnel s’ajoutent toutefois des arrangements des chansons des Beatles réalisés dans un style baroque par un arrangeur torontois. Une façon, selon M. Marchand, de mettre en parallèle deux époques et deux univers musicaux qui semblent à première vue très éloignés.
« Je trouvais ça intéressant, parce que c’est vraiment beau », résume-t-il.
Le résultat ? Des mélodies des Beatles qui demeurent immédiatement reconnaissables, avec un traitement complément différent de l’expérience d’écoute. « Ça sonne comme Bach, Händel… ça sonne vraiment baroque », affirme le chef d’orchestre.
Pour les musiciens, cette transformation représente néanmoins une forme de défi. La musique baroque possède son propre langage, notamment dans la façon d’articuler les notes et de faire dialoguer les différents groupes d’instruments. Cette structure crée une musique fondée sur les réponses, les contrastes et les alternances entre les cordes. Transposés aux Beatles, ces procédés donnent une nouvelle couleur aux chansons connues du public. « Ce n’est pas facile. Ça prend des musiciens professionnels », reconnaît Jacques Marchand.
La préparation repose donc en grande partie sur le travail individuel des artistes, qui reçoivent leurs partitions environ un mois avant les répétitions. Une fois réunis, les musiciens consacrent deux journées intensives à mettre en place le jeu collectif : tempos, ralentissements, entrées de certains instruments, équilibre entre les sections et intentions musicales sont alors précisés.
Mais une partition ne dit pas tout.
Pour Jacques Marchand, le rôle du chef d’orchestre et de l’interprète consiste justement à chercher ce qui se trouve « sous-entendu dans la musique » : le ressenti, l’émotion, le fameux « feeling ». Une même œuvre peut ainsi être livrée de multiples façons, sans qu’une seule soit nécessairement la bonne.
Cette conception de la musique est également au cœur de sa relation avec le public. Le chef d’orchestre souhaite rejoindre autant les mélomanes expérimentés que les initiés. « On ne fait pas de la musique pour ceux qui connaissent la musique, tu sais. On fait de la musique pour ceux qui l’écoutent et l’aiment », souligne-t-il.
L’expérience proposée se veut donc accessible et humaine. D’une durée d’environ une heure, le concert comprend également quelques interventions de M. Marchand, qui aime expliquer certains éléments du programme ou raconter des anecdotes sans s’attarder aux détails trop techniques.
La tournée joute par ailleurs une dimension particulière au projet. Contrairement à un orchestre qui prépare un programme pour une seule représentation, l’Ensemble Aiguebelle aura l’occasion de le jouer à plusieurs reprises : à Rouyn-Noranda, Val-d’Or, Amos, Ville-Marie et La Sarre, entre le 29 septembre et le 3 octobre.
Pour les musiciens, cette formule permet au spectacle de gagner en assurance au fil des représentations. Chaque salle présente toutefois ses propres défis, qu’il s’agisse de la scène ou de l’acoustique. Et chaque concert demeure unique.
« Chaque concert est différent », insiste Jacques Marchand. L’état d’esprit des musiciens, l’énergie du public, les conditions de la journée et les particularités de chaque salle influencent inévitablement l’interprétation.
C’est peut-être là que réside toute la magie d’un spectacle vivant : même lorsque l’on joue exactement les mêmes œuvres, rien n’est jamais tout à fait identique.
Pour Jacques Marchand, une fois sur scène, le travail laisse place au plaisir. « Un coup qu’on est sur scène, c’est notre paye », dit-il. Et avec un programme où les Beatles rencontrent le baroque, cette « paye » promet d’être particulièrement festive.
L’invitation est donc simple : venir écouter, reconnaître, découvrir et surtout ressentir. Car, pour le directeur artistique, la musique n’a pas besoin d’être comprise dans tous ses détails pour toucher. Elle n’a qu’à trouver son chemin jusqu’à l’auditeur.
Pour tous les détails de la tournée, rendez-vous au https://osrat.ca/nos-concerts.