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Société

La toponymie anicinabe, à l’abri de l’oubli dans les archives

Par : Sébastien Tessier | archiviste-coordonnateur, Bibliothèque et Archives nationales du Québec

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Carte des essences forestières de la concession de la compagnie Moore, 1897. Archives nationales à Rouyn-Noranda, fonds Société du patrimoine Rivière-des-Quinze.

À chaque époque, les êtres humains laissent leurs marques sur le territoire qu’ils habitent : que ce soit à travers leurs constructions, leur occupation du territoire ou leur façon de nommer les lieux, leur empreinte est indéniable. L’histoire montre aussi que chaque nation qui prend possession d’un territoire déjà occupé le modifie et l’adapte à ses besoins et à sa culture.

C’est ce qu’ont fait les Canadiens français lorsqu’ils ont pris racine en Abitibi-Témiscamingue. Ils y ont construit des villes, des villages et une panoplie d’infrastructures qui étaient jusque-là inexistantes, en raison du mode de vie traditionnel des Anicinabek.

Les Canadiens français ont également attribué des noms à plusieurs lacs et rivières de l’Abitibi-Témiscamingue qui portaient à l’origine des noms en anicinabemowin. Pourquoi ces noms ont-ils été changés à l’époque ? Était-ce parce que les nouveaux résidents les jugeaient trop difficiles à prononcer, ou tout simplement parce qu’ils ignoraient leur existence ? Aujourd’hui, les controverses suscitées par le président des États-Unis en matière de toponymie nous rappellent que nommer un lieu est un geste lourd de sens.

Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) conserve, aux Archives nationales à Rouyn-Noranda, des cartes du début du XXe siècle sur lesquelles les plans d’eau de la région sont désignés par leurs noms d’origine. Visiblement accompagnés par des guides anicinabek, les arpenteurs qui ont dessiné ces cartes ont eu accès à des informations de première source, qui sont immortalisées sur ces documents précieux pour notre patrimoine. Mes deux cartes préférées sont celles des concessions forestières de l’entrepreneur Moore de 1897 et celle du Pontiac Nord de 1907. Vous pouvez les consulter en ligne sur BAnQ numérique.

La première répond à une commande du commissaire des terres de la Couronne du Québec datant du 4 novembre 1896. Réalisée par George Charles Rainboth et publiée le 17 avril 1897, elle recense les différentes essences forestières disponibles dans le bloc A du bassin supérieur de la rivière des Outaouais.

La deuxième est une carte à l’usage des prospecteurs qui commençaient à explorer le territoire abitibien. Elle contient des informations sur la qualité des sols de la région et accompagne un rapport d’exploration produit en 1907 par Joseph Obalski, surintendant des mines au département de la Colonisation, des Mines et des Pêcheries du Québec.

Ces deux cartes ont la particularité de présenter une toponymie presque exclusivement en anicinabemowin pour ce qui est des lacs et des rivières. Certains noms ont depuis été remplacés. C’est le cas pour les lacs Natapigue, Agotawekami, Kajakanikamak, Keewagama et Kekekosakaikan, qui sont devenus respectivement les lacs Dufault, Duparquet, Dufresnoy, Preissac et Beauchastel. D’autres noms ont été raccourcis, comme celui de la rivière Kinojeviskaskatik, devenue la rivière Kinojévis. Les noms des lacs Abittibi, Timiskaming et Makamik ont quant à eux vu leur orthographe simplifiée : on écrit aujourd’hui Abitibi, Témiscamingue et Macamic[1].

Les cartes conservées aux Archives nationales à Rouyn-Noranda constituent aujourd’hui une source précieuse pour documenter l’évolution de la toponymie régionale et la présence historique de la toponymie anicinabe sur le territoire. Passez voir ces documents d’archives en personne ou consultez-les en ligne.

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[1] Le livre soulignant le 100e anniversaire de Rouyn-Noranda, La ville au cœur de cuivre, contient un excellent chapitre sur les cartes et la toponymie anicinabe. Vous pouvez le consulter aux Archives nationales à Rouyn-Noranda.

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