Une exposition pour déconstruire les préjugés envers les bénéficiaires de l’aide sociale
Par : Joanie Dion
Une exposition consacrée à la réalité des personnes bénéficiant de l’aide sociale est présentée du 23 septembre au 15 octobre 2026 à la Bibliothèque municipale de Rouyn-Noranda afin de sensibiliser la population à la pauvreté et aux préjugés qui l’entourent.
Intitulée NOUS : Portraits de l’assistance sociale, l’exposition est une version mobile d’un projet initialement présenté dans de grands centres comme Montréal, Québec et Trois-Rivières. Christian Milot, co-coordonnateur de la Corporation de développement communautaire (CDC) de Rouyn-Noranda, a découvert l’exposition en 2022-2023 et y a vu une occasion de sensibiliser la population régionale.
« Je trouvais que c’était une super belle exposition », explique-t-il. Selon ce dernier, le projet permet notamment d’aborder les préjugés envers les personnes qui reçoivent de l’aide sociale, un groupe qui serait particulièrement touché par les perceptions négatives.
L’exposition a été réalisée par le Collectif pour un Québec sans pauvreté, en collaboration avec la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. La CDC de Rouyn-Noranda a ensuite profité du nouveau format, plus facile à déplacer, pour faire venir le projet en Abitibi-Témiscamingue.
Plusieurs organisations locales se sont jointes à l’initiative, dont la Maison du Soleil Levant, la Ressourcerie, la Ville de Rouyn-Noranda, le Regroupement d’entraide des personnes assistées sociales de Rouyn-Noranda (REPAS) et ATD Quart Monde Rouyn-Noranda. Pour M. Milot, cette collaboration découle d’un intérêt commun pour la lutte contre la pauvreté et la volonté de mieux faire connaître cette réalité à la population.
L’exposition comporte plusieurs panneaux qui abordent différents enjeux liés à l’assistance sociale. Si le projet a été conçu par des organisations nationales, des personnes recevant de l’aide sociale ont également contribué à certains contenus.
« Il y a des endroits où on a interpellé des personnes sur l’aide sociale à nous dire : “C’est quoi l’objet qui vous représente sur l’aide sociale ?” », raconte-t-il.
Parmi les sujets abordés figure notamment l’écart entre le coût nécessaire pour répondre aux besoins de base et les sommes disponibles pour les personnes prestataires de l’aide sociale. Selon Christian Milot, cette réalité devient particulièrement difficile lorsque le logement représente une bonne portion du budget.
À Rouyn-Noranda, en estimant que le coût moyen d’un logement atteint environ 1000 $, Christian Milot rappelle que certaines prestations d’aide sociale peuvent être inférieures à cette somme. À cela s’ajoutent les dépenses courantes comme le transport, le téléphone, Internet, la nourriture ou encore les soins personnels. Le logement social peut faire une différence importante, souligne-t-il, mais l’accès demeure limité par les listes d’attente.
Pour Christian Milot, l’exposition vise aussi à rappeler que la pauvreté n’est pas nécessairement une situation permanente et qu’un événement imprévu peut bouleverser une situation financière. Il donne l’exemple d’une famille dans laquelle le père, mineur et principal soutien financier, a été diagnostiqué d’un cancer. La mère était femme au foyer. Du jour au lendemain, la famille a perdu une importante source de revenus.
La maladie, l’éloignement du marché du travail ou d’autres circonstances peuvent ainsi entraîner une précarité financière, estime-t-il. « Des fois, il y a des circonstances dans la vie qui font que, du jour au lendemain, on peut se retrouver sur l’aide sociale », affirme-t-il.
Au-delà des chiffres, M. Milot souhaite surtout que les visiteurs repartent avec une compréhension plus juste de la réalité vécue par les personnes prestataires de l’aide sociale. Selon lui, une meilleure connaissance de l’assistance sociale et des besoins des personnes concernées pourrait contribuer à réduire les préjugés et à favoriser une plus grande acceptation de leurs revendications.