Culture

Dialogues d’esprits : quand l’art devient un espace de liberté

Par : Joanie Dion

Derrière l’apparente simplicité du collage se cache un univers de possibilités et c’est ce que propose de découvrir l’exposition Dialogues d’esprits, qui réunit 17 artistes autour du collage, du jelly plate et de différentes autres techniques en arts visuels.

Photo 01
Ce sont 17 artistes qui exposent leurs œuvres dans Dialogues d’esprits.
Crédit photo : Le Citoyen – Joanie Dion

À l’origine du projet, l’artiste et enseignante Céline J. Dallaire souhaitait notamment faire dialoguer différentes approches artistiques. Le collage et le jelly plate — une plaque souple faite de gélatine utilisée pour réaliser des impressions — permettent d’explorer une multitude de textures, de papiers et de procédés. Certains participants ont également intégré à leurs œuvres des techniques apprises en dessin, en peinture, en estampe ou même en sculpture.

« C’est l’art du collage, ce n’est pas juste du bricolage », souligne Céline J. Dallaire. Selon elle, la composition, les profondeurs, les lumières et les choix de couleurs sont aussi importants dans un collage que dans une peinture ou une sculpture. Le médium constitue ainsi une porte d’entrée accessible vers les arts visuels, sans nécessairement exiger de savoir dessiner ou peindre.

L’exposition témoigne d’ailleurs de cette diversité. Les 17 artistes présentent des styles, des formats et des niveaux d’expérience variés. La majorité est des femmes de 40 ans et plus, provenant de Val-d’Or, Rouyn-Noranda, La Sarre et Amos.

Pour Denise Stewart, qui pratique le collage depuis environ cinq ans, cette technique offre surtout une liberté particulière. Elle fabrique elle-même certains de ses papiers à l’aide du jelly plate et de l’encre, puis les transforme, les découpe ou même les tisse pour créer ses œuvres. « Ça nous permet de jouer avec le papier et le matériel », explique-t-elle.

Son processus est également nourri par ses voyages. Grande voyageuse, elle photographie notamment les lieux qu’elle visite, puis réutilise ces images dans ses compositions. Les visages de femmes occupent une place centrale dans son travail, une sensibilité qu’elle associe entre autres à son expérience professionnelle auprès de femmes victimes de violence.

Photo 02

Une démonstration de l’utilisation du jelly plate. Crédit photo : Le Citoyen – Joanie Dion

Chez Nathalie Bonin, la démarche est beaucoup plus récente. Bien qu’elle n’ait jamais réalisé de collages, elle a accepté de participer à l’exposition. Au moment d’écrire ces lignes, elle n’en était qu’à son deuxième cours de jelly plate, ce qui sera le médium principal pour ses œuvres lors de Dialogues d’esprits. L’expérience l’a d’abord déstabilisée. Habituée à davantage contrôler son processus créatif, elle découvre un médium qui laisse une grande place à l’imprévu. « Tu n’as pas le choix de te laisser aller », raconte-t-elle.

Après avoir exploré l’acrylique, l’aquarelle, le pastel à l’huile et la linogravure, elle considère le jelly plate comme un terrain de jeu où l’expérimentation domine. Contrairement à ses œuvres à l’aquarelle, souvent plus proches de la représentation de paysages ou de bâtiments, elle cherche ici à développer une approche plus instinctive et émotionnelle.

Cette liberté se retrouve aussi dans le travail de Luc Morin. Depuis plus de 30 ans, l’artiste explore différents médiums et peint aujourd’hui presque quotidiennement. Son travail combine notamment peinture soufflée, jelly plate et marouflage.

Pour lui, créer est intimement lié aux émotions. La peinture lui permet de canaliser ce qui l’habite et de transformer des expériences personnelles en images. Ses œuvres peuvent passer par des zones sombres avant de s’éclaircir, au gré de son état intérieur. « Il faut que je peigne pour moi », affirme-t-il. Le regard des autres vient ensuite. Lorsqu’une œuvre rejoint profondément quelqu’un, il considère cette réaction comme une forme de récompense.

Photo 03

Les techniques utilisées sont mixtes, mais le dénominateur commun est la pratique du jelly plate, qui permet d’utiliser le papier sous différentes formes et dans différentes couleurs pour les collages. Crédit photo : Le Citoyen – Joanie Dion

C’est peut-être là que se trouve le réel dialogue proposé par l’exposition. Il ne s’agit pas seulement d’un échange entre différentes techniques, mais aussi entre les artistes, leurs expériences et leur monde intérieur. Une même plaque de jelly plate, un même morceau de papier ou une même image peuvent donner naissance à des œuvres complètement différentes.

À lire aussi