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De « Spotted » à la vraie vie : créer des liens dans la vingtaine

Par : Ange Major | amajor@journallereflet.com

Les messages revenaient sur les pages « Spotted » de l’Abitibi-Témiscamingue : des jeunes cherchaient quelqu’un avec qui sortir, faire une activité ou simplement créer de nouvelles amitiés. Les réactions étaient là, les messages privés aussi. Mais au moment de passer de l’écran à une véritable rencontre, l’élan s’arrêtait souvent.

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Le groupe La Connexion Humaine dans notre vingtaine comptait plus d’une centaine de membres quelques semaines après sa création.
Capture d’écran | Facebook

Magalie Brière a voulu voir par elle-même. Après avoir publié à son tour, plusieurs personnes lui ont écrit. Au bout du compte, une seule rencontre s’est concrétisée : une sortie aux quilles avec une autre jeune femme. Cette expérience a fait germer une idée avec Léanne Rouillard : puisque l’envie de rencontrer du monde existe, pourquoi ne pas créer un espace qui aide justement à passer de l’écran à la rencontre ?

Le 9 septembre, les deux jeunes femmes ont lancé le groupe Facebook La Connexion Humaine dans notre vingtaine, avec l’objectif de rassembler des gens qui, autrement, ne se seraient peut-être jamais parlé. « On ne veut pas se connecter sur les réseaux sociaux », résume Magalie Brière. Le paradoxe est volontaire : Facebook sert de point de départ, mais le projet doit vivre ailleurs.

Un groupe Messenger permet aussi de comparer les disponibilités et les intérêts. Mais les échanges virtuels ne sont qu’un moyen ; l’objectif reste de donner aux membres une raison de fermer leur téléphone et de se retrouver réellement.

Les membres sont invités à proposer eux-mêmes des activités afin de multiplier les occasions de se rencontrer. ( Gracieuseté de La connexion humaine dans la vingtaine )

Une période où les repères changent

Dans la vingtaine, les endroits où les amitiés se formaient presque naturellement commencent à disparaître. Certains quittent les études pour entrer sur le marché du travail, d’autres poursuivent leur parcours scolaire. Les chemins se séparent et les occasions de rencontrer de nouvelles personnes deviennent parfois moins évidentes. « Si tu quittes les études, puis là tu ne sais comme plus trop où aller parce que la socialisation se fait souvent au travail ou dans les études […] c’est difficile de créer des liens ailleurs. »

Pour Magalie Brière, les téléphones ont aussi changé la manière d’entrer en contact. Aborder un inconnu lui paraît aujourd’hui moins naturel pour plusieurs jeunes adultes. Elle donne l’exemple d’un ascenseur : plutôt que de saluer la personne à côté de soi, le réflexe peut être de regarder son téléphone.

C’est précisément cette barrière que le groupe tente de faire tomber, sans nécessairement organiser de grands événements. Il suffit parfois de permettre à quelqu’un qui n’a personne à appeler pour une promenade, une sortie ou une soirée de trouver des gens prêts à l’accompagner. « Si tu n’en as pas d’amis, ben, ça va être plus difficile. »

Une première activité à l’Abstracto a réuni une dizaine de personnes, donnant forme à l’objectif du groupe : faire passer les rencontres du virtuel à la vraie vie. ( Gracieuseté de La connexion humaine dans la vingtaine )

De l’écran aux premières rencontres

Une première activité à l’Abstracto a réuni une dizaine de personnes. Une randonnée a ensuite été organisée, puis une journée de plein air où des membres ont joué à des jeux de société près d’un lac. Peu à peu, les participants ont commencé à lancer leurs propres invitations, dont une soirée de loups-garous.

C’est exactement ce qu’espéraient les deux fondatrices, qui ne veulent pas devenir les organisatrices de toutes les sorties. Plus les membres prennent l’initiative, plus les occasions de se rencontrer se multiplient.

Au moment de l’entrevue, le groupe comptait environ 125 membres. Leur diversité a surpris Magalie Brière : hommes et femmes, travailleurs et étudiants, personnes aux parcours scolaires différents, mais aussi des membres originaires notamment de France, du Pérou ou du Mexique. Et même si son nom fait référence à la vingtaine, cette limite n’est pas rigide. Pour sa cofondatrice, le besoin de créer des liens ne disparaît pas à un âge précis.

L’initiative, imaginée d’abord autour de Rouyn-Noranda, commence aussi à dépasser les limites de la ville. Des membres d’autres secteurs de l’Abitibi-Témiscamingue ont rejoint le groupe. Ils ne sont pas encore assez nombreux pour y multiplier les rencontres, mais Magalie Brière espère qu’un jour, des participants d’Amos, de Val-d’Or, du Témiscamingue ou d’ailleurs pourront lancer leurs propres invitations.

Quelques semaines après la création de cette petite « bulle », les rencontres continuent de s’organiser. Et chaque fois, le principe reste le même : utiliser l’écran juste assez longtemps pour trouver des gens avec qui le refermer.

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