Économie Entreprises

Reprendre l’usine pour garder un avenir à Témiscaming

Par : Ange Major | amajor@journallereflet.com

Alors que la production est arrêtée à Témiscaming, une coalition de gestionnaires locaux, de travailleurs et de Premières Nations cherche à racheter l’usine RYAM. Selon Daniel Cloutier, directeur québécois d’Unifor, les discussions sont engagées, mais le prix de vente demeure le principal obstacle.

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Usine Ryam
Photo archive

L’incertitude sur leur emploi n’a pas effacé la volonté des travailleurs de reprendre les activités de l’usine RYAM à Témiscaming. Dans ses échanges avec eux depuis l’arrêt de production, Daniel Cloutier dit avoir constaté à la fois leurs inquiétudes et leur détermination. Il observe aussi une solidarité qui dépasse les portes de l’établissement et rejoint la population locale.

C’est dans ce milieu qu’a pris forme le projet de rachat rendu public par Unifor le 9 octobre. Des gestionnaires locaux, des membres syndiqués et de Premières Nations se sont regroupés pour chercher une façon de poursuivre les activités industrielles. Pour le directeur québécois du syndicat, cette démarche est née d’un constat : les acteurs locaux devaient prendre eux-mêmes en main l’avenir de l’usine. « Si on veut sauver notre coin de pays, il va falloir qu’on s’en occupe nous-mêmes. »

Cette conviction ne date pas seulement de l’arrêt de production d’octobre. M. Cloutier explique que la fermeture de l’unité de cellulose de haute pureté avait déjà amené le syndicat à remettre en question les intentions de RYAM à Témiscaming.

Selon lui, l’entreprise américaine s’intéressait surtout aux procédés de fabrication de produits de cellulose à haute valeur ajoutée, qu’elle aurait transférés vers d’autres installations. Il estime que les activités restantes occupaient ensuite une place secondaire dans sa stratégie.

Les tarifs douaniers ont aggravé une situation que le représentant syndical jugeait déjà fragile. Selon lui, RYAM a choisi d’arrêter la production plutôt que de chercher des moyens de contrer les effets des tarifs. Il critique également la réponse du gouvernement de la Coalition avenir Québec aux demandes d’intervention d’Unifor dans ce dossier.

Devant cette situation, la direction locale, le syndicat et les Premières Nations ont entrepris de construire une autre possibilité. La coalition souhaite acquérir l’usine avec un plan d’affaires que M. Cloutier considère comme solide. Il affirme aussi que RYAM a manifesté une volonté de se départir de l’établissement.

Les discussions sont toutefois encadrées par des ententes de confidentialité, ce qui limite les renseignements qu’il peut rendre publics. Aucun prix de vente ni échéancier de transaction n’a été annoncé. Pour l’instant, s’entendre sur le montant demandé constitue, selon lui, la principale difficulté.

L’achat ne serait d’ailleurs qu’une partie des sommes à réunir. Même si l’usine était acquise à faible coût, explique-t-il, il faudrait financer la poursuite des opérations et effectuer des mises à niveau.

La coalition discute donc avec les gouvernements fédéral et provincial pour déterminer comment ils pourraient soutenir le projet. Le montage financier envisagé comprendrait également des investissements privés. M. Cloutier n’a pas précisé les montants recherchés ni annoncé d’engagement financier confirmé.

Cette recherche d’une solution locale rappelle la naissance de Tembec. Après la fermeture de l’usine par la Canadian International Paper en 1972, des travailleurs, d’anciens cadres et des membres de la communauté avaient participé à son rachat et à sa relance en 1973.

Pour le directeur québécois d’Unifor, cet épisode nourrit la démarche actuelle. Il y voit une leçon sur la place que peuvent prendre les gens du milieu dans les décisions qui touchent leur avenir. « Il faut être maître chez nous, il faut s’occuper nous-mêmes de nos affaires. »

Plus de cinquante ans après la création de Tembec, la coalition cherche à rendre cette volonté réalisable. Pour les travailleurs qui souhaitent retourner à l’usine, la relance dépend encore d’une entente sur le prix de vente et du financement nécessaire à la poursuite des activités.

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