Le métier de cuisinier sur les horaires du fly-in fly-out
Par : Daisy-Anne Gagné
Cuisinière de métier depuis toujours, Marie-Josée Bordeleau travaille au Nunavik depuis maintenant 16 ans. Habituée aux horaires de 21 jours, la cheffe de 48 ans jongle entre les défis de la cuisine du Grand Nord et le retour à la maison.
Originaire de La Tuque, en Mauricie, la quadragénaire a accumulé beaucoup d’expériences en cuisine au fil de sa carrière. « J’ai toujours voulu être cuisinière depuis très jeune. Le métier m’intéressait, parce que c’est un métier qui ne s’arrête jamais […] j’ai l’impression que c’est un métier à l’infini ; des recettes on peut en inventer, en faire à l’infini », explique-t-elle, passionnée. À l’époque, elle travaillait dans un petit restaurant local, lorsqu’en 2010, son beau-père, qui opérait des machines dans le Grand Nord, lui a fasse découvrir les horaires rotatifs. Elle s’y est intéressée et elle a envoyé sa candidature. Comme l’emploi demandait d’habiter en Abitibi-Témiscamingue et qu’elle désirait réellement être engagée, elle a déménagé à Amos. En deux semaines, un sous-traitant de l’un des sites miniers de Canadian Royalties l’a accepté au sein de son équipe. En quelques années, la cuisine a passé sous les mains de deux compagnies avant d’atterrir entre celles de HN Pituvvik Camp Services Ltd en 2023, pour qui Mme Bordeleau travaille encore à ce jour.
Bien qu’aucune journée ne soit identique, les travailleurs ont une routine à respecter. Dès 7 h 30 le matin, le quart commence et ne se termine qu’à 19 h. La cheffe cuisinière entame sa journée un peu avant les autres, afin d’organiser les tâches de tout le monde. Quelques pauses sont accordées aux employés qui sont limités : une cheffe, un premier cuisinier, deux deuxièmes cuisiniers, un préparateur de sandwich, un cuisinier pour la salade, un pâtissier, un aide-pâtissier, un responsable des déjeuners et son aide-préparateur aux fruits. De plus, quelques plongeurs soutiennent leurs collègues, car tous doivent mettre la main à la pâte.

Mme Bordeleau travaille sur ce site minier depuis 16 ans (Photo : Gracieuseté de Marie-Josée Bordeleau)
Pour Mme Bordeleau, son travail consiste à diriger son équipe pour que les 480 bouches soient bien nourries. Tous se doivent de travailler d’orchestre. « Il n’y a pas une journée qui se ressemble […] S’il y en a deux qui tombent malades dans l’équipe, je n’ai personne dans les garde-robes pour les remplacer. Dans mon équipe, on travaille vraiment pour sortir le dîner et le souper ensemble […] On mène un bateau, on le mène ensemble », affirme-t-elle.
Travailler comme cuisinier sur les runs a ses hauts et ses bas. Selon la cheffe, les défis s’avèrent gratifiants, car ils lui permettent de repousser les limites. Si une commande n’arrive pas à temps, par bateau ou par avion, elle doit trouver une solution. « On manque de stock parfois et on doit se challenger. Si on n’a pas de concombres pour faire la salade de concombres, on se revire et on fait autre chose », indique-t-elle à titre d’exemple. Par ailleurs, elle décrit le manque de passion de certains comme un désavantage du métier. En effet, certains veulent l’essayer seulement en vue de la paie assez généreuse, mais le manque de volonté peut affecter une équipe entière.
Du côté de la famille, les travailleurs, en cuisine et à la mine, savent qu’ils s’éloignent de leurs proches durant quelques semaines. Malgré les divers avantages que le lieu offre, le temps loin des siens n’en est pas un. « Plus que je vieillis, plus que ma mère vieillit, le temps qu’on passe ici on ne peut pas le récupérer plus tard. Ce sont des décisions personnelles qu’on peut prendre », partage Mme Bordeleau.

L’équipe en cuisine nourrit 480 employés à chaque jour, parfois plus, parfois moins. (Photo : Gracieuseté de Marie-Josée Bordeleau)
Tous les jours, la quadragénaire côtoie beaucoup de personnes. Elle les décrit comme sa deuxième famille, puisqu’elle passe énormément de temps avec eux. En trois semaines, elle partage sa cuisine avec quelques employés, puis elle en régale quelques centaines. Avec ses 16 années au sein du même établissement, tout le monde la connaît. « Je parle à tous les départements, je suis comme une maman. Tout le monde me connaît sur le camp, ou pratiquement. C’est la communication que j’aime, on est près des gens, ici ! » s’exclame-t-elle en terminant.