Culture

Livre Remercions : Quand les mèmes deviennent mémoire collective

Fondateur.ice de la page Organisation structurelle coconstruite de lo praticienxe réflexixe (surnommée OrgStruCo) ayant rallié des milliers personnes autour des réalités vécues dans le système de santé et des services sociaux, Mishel Kekourge publie

Remercions de Mishel Kekourge

Fondateur.ice de la page Organisation structurelle coconstruite de lo praticienxe réflexixe (surnommée OrgStruCo) ayant rallié des milliers personnes autour des réalités vécues dans le système de santé et des services sociaux, Mishel Kekourge publie à son compte un livre qui devait d’abord lui servir de souvenirs. Finalement, Remercions a rejoint 3 300 foyers en date du 11 juin 2026.

La création d’OrgStruCo est arrivée à la suite de ce qu’iel appelle un traumatisme institutionnel lié à son passage comme personne qui travaille dans le réseau public en santé mentale. Iel a vécu une expérience empreinte de violence institutionnelle, mélangée à des « incongruités et un manque de sens de gauche à droite ».

De fil en aiguille, un épuisement professionnel s’est déclaré très tôt dans sa carrière en intervention sociale. Durant cette période, Mishel Kekourge a pu prendre conscience que sa situation n’était pas un cas isolé. « Il y avait vraiment une espèce de forme de système un peu désorganisé et déshumanisant à travers tout ça. »

C’est avec le besoin de trouver un exutoire que, finalement, iel ouvre sa page Facebook de mèmes, ces images humoristiques parfois satiriques qui se basent sur des réalités sociales pour relever, voire dénoncer, des situations collectives.

« J’avais envie d’exprimer par l’humour ce que j’ai vécu », raconte-t-iel.

En l’espace de quelques jours seulement, des milliers de personnes se sont abonnées. « C’est devenu un endroit de solidarisation, de mobilisation, d’éducation populaire, de revendication où, je pense, pour une des premières fois au Québec, on était capable de se regrouper, autant pour les gens en intervention sociale, en santé, aux services sociaux, en éducation, dans les syndicats que la population en général. »

En invitant les gens à revendiquer, à lutter, à faire des plaintes et à croire en soi-même, mais aussi à réaliser que « ce qui était vécu n’était pas un problème individuel, mais collectif », OrgStruCo a pris rapidement de l’ampleur… pour le meilleur, comme pour le pire. C’est-à-dire qu’au bout de quatre ans, 72 000 personnes suivaient la page et des témoignages entraient par dizaines chaque jour dans la boîte de réception. « Je voyais un peu tout ce qui se passait en termes de violence institutionnelle au Québec, et ça a vraiment eu des impacts sur ma santé mentale », confie-t-iel.

C’est alors que la décision de fermer la page a été prise.

Mais le besoin de documenter le tout se faisait sentir. Il ne fallait pas oublier tout le travail effectué. Graduellement, l’idée d’écrire un livre a fait son bout de chemin, même si, au début, il n’était pas encore un projet de mémoire collective, mais plutôt personnelle. « Mais là, je me suis dit : je vais écrire un livre. » Accompagné.e de sa tisane tous les matins, iel a entrepris l’écriture et, éventuellement, il lui a fallu chercher une maison d’édition.

« Pour plein de raisons, dont mon anonymat, dont le fait que j’aime être à l’extérieur des structures et aussi parce que je trouve ça plus rentable de le faire ainsi », le choix s’est arrêté sur l’autoédition. Alors, le livre a été écrit et corrigé. Des graphistes et un imprimeur ont été trouvés. « Je me suis rallié.e à une petite librairie queer féministe de Montréal, L’Euguélionne, qui a accepté mon projet en consignation. »

Depuis le lancement de la prévente, ce sont 3 300 exemplaires qui ont été vendus. Initialement, la librairie détenait l’exclusivité de la vente, mais, une fois de plus, l’ampleur du projet a dépassé les attentes et, bon gré mal gré, Mishel Kekourge s’est surpris.e à développer des qualités entrepreneuriales et à gérer une partie des commandes à partir de chez iel.

« Tout ça s’est passé avec la communauté. C’est la beauté de cette communauté-là qui était très engagée. Je pense que ça a fait sentir les gens moins seuls, car ils et elles ont réalisé, comme moi, que le système essaie de te faire penser que l’épuisement professionnel est de ta faute parce que tu es mal organisé ou que tu es trop sensible. Ce n’est pas ça. Ce n’est jamais ça. C’est un système qui écrase. »

« Dans le livre, je fais attention de ne pas blâmer les individus. Je pointe vraiment le système. Ça part des consignes et des coupures gouvernementales. Ça s’en va jusqu’à la haute gestion qui est obligée d’appliquer ça. »

Intitulé Remercions en rappel aux signatures « cocasses » en fin de notes d’évolution, le terme est devenu un « message codé » entre les abonnés d’OrgStruCo, certains allant jusqu’à se le faire tatouer.

« J’ai envie que les gens aient droit de se regarder avec amour, douceur et bienveillance parce que, quand on a été broyé(e)s par des systèmes brisés, c’est autant la population qui se fait déshumaniser que les personnes qui travaillent qui se font déshumaniser. On développe un discours interne où on se blâme, on se critique, on se dévalorise au point de cesser de se battre. Et moi, je pense fortement que, plus on va croire en nous-mêmes, plus on va avoir envie de se battre collectivement pour changer les choses et créer un monde meilleur. Je souhaite donner envie à tout le monde de ne pas abandonner et de ne pas penser que le système actuel est une fatalité. C’est possible de rassembler tout le monde en un « nous ». »

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