Des Chefs anishnabe se mobilisent pour faire respecter leurs droits
La Première Nation Anishnabe de Lac Simon a annoncé le lundi 22 juin la mobilisation d’un front commun de Chefs anishnabe visant à réclamer une participation accrue des Premières Nations au processus d’attribution des claims miniers sur leurs territo
La Première Nation Anishnabe de Lac Simon a annoncé le lundi 22 juin la mobilisation d’un front commun de Chefs anishnabe visant à réclamer une participation accrue des Premières Nations au processus d’attribution des claims miniers sur leurs territoires ancestraux.
Réunis à l’hôtel Forestel de Val-d’Or, le Chef de la Première Nation Anishnabe de Lac Simon, Lucien Wabanonik ; le vice-Chef de Lac Simon, Danny Pien ; la Grande Cheffe du Conseil tribal de la Nation Algonquine Anishinabeg, Verna Polson ; le Chef de la Première Nation de Kebaowek, Lance Haymond ; le Chef de la Première Nation de Longue-Pointe, Steeve Mathias ; la Cheffe de la Première Nation Abitibiwini, Chantal Kistabish, avec l’appui de Rodrigue Turgeon de MiningWatch Canada, ont lancé un appel clair au gouvernement du Québec afin qu’il modernise les mécanismes d’attribution des claims miniers et qu’il assure le respect du consentement préalable, libre et éclairé des Premières Nations.
À cette occasion, une lettre signée par plusieurs élus anishnabe a été transmise à la ministre des Ressources naturelles et des Forêts, Kateri Champagne Jourdain. Cette démarche vise à rappeler que les territoires ancestraux des Premières Nations ne sont ni vacants ni disponibles sans leur participation et que les gouvernements autochtones doivent occuper une place déterminante dans les processus décisionnels liés au développement des ressources naturelles.
Le cas Novador
Pour Rodrigue Turgeon, avocat, coporte-parole de la Coalition Québec-Meilleure Mine, le cas du projet Novador est un bel exemple du non-respect des droits des Premières Nations. « On cherche à faire invalider ce permis qui a été donné par le gouvernement du Québec à la compagnie Probe Gold, qui est passée aux mains de Fresnillo dans les derniers mois. Ce projet minier est situé tout proche de la communauté de Lac Simon, mais également c’est un projet avec plusieurs fosses à ciel ouvert qui menacent des points d’eau importants pour la communauté, autant des rivières de surface, des lacs, des milieux humides, mais aussi un esker qui fournit une eau de très grande qualité pour toute la région. Et c’est également situé dans un habitat essentiel, au point de vue de l’occupation du territoire par les membres de la communauté de Lac Simon, où ils exercent leurs droits ancestraux, notamment la chasse, la cueillette, la pêche et d’autres activités comme ça », résume-t-il.
L’avocat rappelle qu’au Canada, la Constitution, la loi suprême qui prévaut sur toutes les autres lois au pays prévoit que toute activité qui est susceptible d’avoir un effet préjudiciable sur les droits des peuples autochtones doit faire l’objet d’une consultation préalable et des accommodements. « C’est dans la Constitution. Ce sont les arrêts de la Cour suprême qui sont venus soutenir ce point-là. Le fait que le gouvernement a octroyé des droits, un claim minier à la compagnie sans consulter d’abord la communauté, et également leur a délivré une autorisation pour faire des travaux d’exploration à impact, ça, ça n’a pas fait l’objet de consultation suivant la Constitution. Et c’est pour ça que la communauté de Lac Simon s’adresse à la Cour supérieure pour faire en sorte qu’on cesse le projet et qu’on annule le permis. C’est important que toutes les compagnies minières le sachent », ajoute-t-il.
Pas contre le développement économique
La nation Anishnabe de Lac Simon rappelle qu’elle ne s’oppose pas au développement économique. Au contraire, elle souhaite participer activement à la prospérité collective fondée sur le développement responsable des ressources naturelles. Toutefois, elle déplore que le régime actuel permette encore l’octroi de droits miniers sur son territoire sans sa participation significative et en amont des décisions.
Les représentants réunis aujourd’hui ont également rappelé qu’un développement responsable repose sur le dialogue, le respect mutuel et la reconnaissance des droits des Premières Nations, des conditions essentielles à la stabilité et à la prévisibilité recherchées par les promoteurs, les investisseurs et les gouvernements, particulièrement en contexte d’incertitude économique. « La prévisibilité que recherchent les investisseurs, les promoteurs et les gouvernements ne s’obtient pas en nous contournant, mais en travaillant avec nous, et ce, avant même l’attribution des claims miniers, dans le respect de nos droits, de nos gouvernements et du consentement préalable, libre et éclairé. Si le Québec souhaite réellement bâtir une relation de nation à nation, celle-ci doit commencer dès les premières étapes du développement », a déclaré Lucien Wabanonik, Chef du Conseil de la nation Anishnabe de Lac Simon.