Delphine Huguet invite à habiter le ciel
Avec son exposition Et de par le fil de l’eau et du ciel ma maison, l’artiste Delphine Huguet propose une expérience immersive où les visiteurs sont invités à ralentir, à contempler et à redécouvrir la beauté des paysages qui les entourent. Entre photographie, textile, métal et bois, son œuvre prend la forme d’un vaste hommage aux ciels québécois et aux moments de calme qui façonnent notre rapport au monde.
Derrière ce titre poétique se cache une réflexion profondément personnelle. L’artiste raconte que le projet est né d’un sentiment de lassitude face au rythme effréné du quotidien. Au fil de plusieurs étés passés à voyager au Québec, notamment sur la Côte-Nord et à Kamouraska, elle s’est surprise à accorder une attention nouvelle aux paysages qui l’entouraient.
« Je me suis rendu compte à quel point ces moments-là étaient importants pour mon équilibre », explique-t-elle. Les levers et couchers de soleil observés au bord du fleuve, les immenses horizons et les changements de lumière sont progressivement devenus une source d’ancrage. Pour l’artiste, la notion de maison dépasse largement les murs d’une habitation. Elle se construit aussi à travers des instants fugaces qui nourrissent l’esprit et procurent un sentiment d’appartenance.
« C’est réellement par le fil de l’eau et du ciel que ma maison, mon intérieur, s’est construit », résume-t-elle.
Parmi les souvenirs qui ont marqué la démarche de Delphine Huguet, la Côte-Nord occupe une place particulière. Dans un environnement dépourvu de plusieurs commodités modernes, avec peu d’électricité et sans Internet, elle a retrouvé un rapport plus direct au temps et à la nature. Les phénomènes atmosphériques des dernières années ont également laissé leur empreinte sur son travail. Elle évoque notamment les étés marqués par les feux de forêt, lorsque le soleil rougeâtre donnait au paysage une apparence presque irréelle.
Cette fascination pour le ciel devient la matière première de ses créations. Les photographies qu’elle réalise servent de base à de grands textiles de soie imprimés, dont les couleurs reproduisent celles observées dans la nature. Autour de ces tissus flottants viennent se greffer le métal et le bois.
« La photographie, c’est ma base colorée », explique l’artiste. « Le métal et le bois viennent structurer ou augmenter la fluidité du textile. »
Le métal joue un rôle particulièrement important dans l’installation. Poli jusqu’à devenir presque miroir, il capte les couleurs, reflète les textiles et projette la lumière sur les murs environnants. Cette interaction crée un environnement changeant qui transforme constamment l’espace d’exposition.
L’impression de grandeur qui se dégage de l’ensemble n’est pas un hasard. Certaines pièces textiles atteignent jusqu’à neuf mètres de hauteur. Présentée dans différentes maisons de la culture du Québec, l’exposition s’adapte à chaque lieu. L’installation centrale, intitulée Du ciel jusqu’à l’infini, n’est d’ailleurs jamais disposée de la même façon.
Cette variabilité fait écho au sujet même de l’œuvre : le ciel, toujours en mouvement, toujours différent.
Au-delà de l’aspect visuel, Delphine Huguet souhaite offrir aux visiteurs ce qu’elle qualifie d’expérience sensible de soins. Dans des environnements urbains souvent marqués par la rapidité et la surcharge visuelle, elle cherche à créer un espace où il devient possible de simplement être présent.
Les immenses voiles de tissu bougent doucement sous l’effet de la ventilation des salles d’exposition. Les couleurs se transforment au gré de la lumière. Rien ne presse. Le visiteur peut s’arrêter, observer et laisser le temps faire son œuvre.
Cette invitation à ralentir constitue le cœur de sa démarche artistique. Selon elle, la société actuelle valorise constamment la vitesse : travailler plus vite, se déplacer plus vite, produire davantage. Or, ce sont souvent les moments de lenteur dont on se souvient le plus.
« Je n’ai pas l’impression de vivre quand je suis toujours dans la vitesse », confie-t-elle.
Avec Et de par le fil de l’eau et du ciel ma maison, Delphine Huguet propose ainsi bien plus qu’une exposition. Elle offre une parenthèse. Un lieu où le regard peut enfin se poser, où l’on peut prendre le temps de ressentir, et peut-être redécouvrir ce qui nous construit réellement.