La mémoire queer et le deuil explorés par Marc-Olivier Hamelin
Le Centre d’exposition d’Amos accueille cet été l’installation find you a friend that you can trust and bring him home de l’artiste rouynorandien Marc-Olivier Hamelin, une œuvre immersive qui s’intéresse à l’héritage de la crise du sida, à la mémoire
Le Centre d’exposition d’Amos accueille cet été l’installation find you a friend that you can trust and bring him home de l’artiste rouynorandien Marc-Olivier Hamelin, une œuvre immersive qui s’intéresse à l’héritage de la crise du sida, à la mémoire queer et aux différentes façons de commémorer les personnes et les histoires qui risquent de sombrer dans l’oubli.
Le titre de l’exposition est emprunté à une entrevue réalisée dans les années 1980 par l’auteur Eric Marcus auprès de l’avocat afro-américain Wendell Sayers. Dans le balado Making Gay History, celui-ci raconte que son père lui avait dit, après avoir appris son homosexualité : « Find you a friend that you can trust and bring him home ». Une phrase qui, à l’époque, visait à le protéger des violences et des crimes haineux.
« Je trouvais que la phrase était super belle. Je la décontextualise un peu, mais je voulais rappeler la notion d’amitié et d’espace sécuritaire dans les communautés marginalisées », explique Marc-Olivier Hamelin.
Une réflexion née de la crise du sida
Présentée auparavant à Montréal et à Sudbury, l’exposition constitue le troisième volet d’une même recherche amorcée en 2022 lors d’une résidence de création à Barcelone. L’artiste s’est alors penché sur l’héritage laissé par la crise du sida au sein de la communauté gaie. Sans avoir lui-même vécu cette période, il dit ressentir le poids du traumatisme transmis entre les générations. « Je suis une personne séronégative, mais c’est une réalité avec laquelle je cohabite, par le biais d’amis ou simplement par cet héritage que les communautés précédentes ont vécu », raconte-t-il.
À partir de lectures, de résidences artistiques et de performances, il a développé une installation qui évoque autant le deuil que la transition, les changements identitaires ou les bouleversements de la vie.
Un espace entre deux mondes
L’exposition prend la forme d’un « non-lieu », un espace volontairement ambigu où les repères se brouillent. Le visiteur ne sait jamais vraiment s’il se trouve dans une chambre, un atelier, un entrepôt ou une salle d’exposition. Photographies, objets du quotidien, documents et souvenirs y cohabitent sans hiérarchie. « Pour moi, une facture a le même potentiel artistique qu’une photographie encadrée », résume l’artiste.
Cette mise en scène cherche aussi à évoquer une mémoire fragmentaire. L’éclairage tamisé, les filtres translucides et les images parfois difficiles à distinguer rappellent une mémoire qui a longtemps été censurée ou racontée par d’autres. « Je ne fais pas une exposition historique ou documentaire. J’essaie plutôt de montrer ce qui reste, ce qui peut devenir ou ce qui peut advenir. »
Penser au futur plutôt qu’au seul deuil
L’une des œuvres centrales est une grande courtepointe composée de photographies personnelles : des amis, des membres de sa famille, des instants du quotidien et des images de ses propres installations. Cette pièce fait écho aux célèbres courtepointes commémoratives du sida, réalisées par les proches des victimes afin de leur rendre hommage.
Marc-Olivier Hamelin insiste toutefois sur le fait qu’il ne cherche pas à reproduire cette œuvre militante, mais à réfléchir à ce que chacun choisit de conserver et de transmettre. « Mon objectif, c’était surtout de réfléchir au futur queer. On parle souvent de récits queers qui disparaissent. J’avais envie de réfléchir à un avenir optimiste, tout en gardant en mémoire ce qui nous a construits. »
Une exposition ouverte à tous
Même si l’installation prend appui sur la mémoire queer, l’artiste souhaite qu’elle puisse toucher un public beaucoup plus large. Les visiteurs ayant vécu un deuil, une maladie, une séparation ou tout autre grand changement de vie peuvent y reconnaître leur propre histoire.
« Je conçois mes œuvres dans un esprit de générosité. Certaines personnes vont saisir immédiatement les références à la crise du sida. D’autres vont simplement se laisser porter par les images, les objets ou l’atmosphère. Les deux lectures sont valides. »
Au-delà des références historiques, Marc-Olivier Hamelin espère surtout que les visiteurs quitteront l’exposition en réfléchissant à leur propre manière de prendre soin des autres et d’entretenir leur mémoire. « Comment se souvient-on ? Comment commémore-t-on quelqu’un ? Comment nourrit-on le souvenir ? Ce sont des questions qui dépassent largement la communauté queer. »