3e édition de l’Afrostival : Entre l’Afrique et l’Abitibi, la musique se transforme
À l’Afrostival, certains artistes ont raconté leur parcours sans avoir à raconter directement leur histoire. Ils l’ont fait en musique. Derrière l’afrobeat, le gospel, le slam et les percussions qui ont résonné les 14 et 15 août à la Place de la Cito
À l’Afrostival, certains artistes ont raconté leur parcours sans avoir à raconter directement leur histoire. Ils l’ont fait en musique. Derrière l’afrobeat, le gospel, le slam et les percussions qui ont résonné les 14 et 15 août à la Place de la Citoyenneté, à Rouyn-Noranda, se trouvaient aussi des expériences d’immigration, des influences qui se mélangent et une culture qui continue d’évoluer loin de son lieu d’origine.
Pour Aimé Pingi, président du conseil d’administration d’AfriCulture, cette réalité échappe parfois à ceux qui associent spontanément la musique africaine à ses formes traditionnelles. La troisième édition de l’Afrostival a plutôt donné à entendre une partie de ce que plusieurs jeunes Africains écoutent et créent aujourd’hui. « Quand la question m’est posée sur la musique africaine, généralement, les gens espèrent qu’on parle de la musique africaine traditionnelle. Mais aujourd’hui, quand vous allez en Afrique, les mentalités ont beaucoup changé. »
Cette évolution s’est d’ailleurs fait sentir dans la programmation de l’événement. Une chanteuse a présenté du gospel, un artiste a mêlé percussions et acrobaties, tandis que d’autres propositions se rapprochaient de l’afrobeat, du slam ou du rap. L’année précédente, le festival avait notamment accueilli un griot, une forme plus traditionnelle qui, selon Aimé Pingi, rejoint moins les habitudes musicales d’une partie de la jeune génération.
Raconter ce qu’on vit ici
Ces influences contemporaines ont rendu certains sons familiers aux oreilles du public québécois. Mais au-delà des sonorités rappelant le rap, c’est parfois une tout autre histoire qui s’exprime.
Aimé Pingi se souvient notamment d’un producteur qui avait qualifié ainsi la musique d’un artiste. Pour lui, l’étiquette ne raconte qu’une partie de ce qui se passe réellement. L’artiste utilise surtout cette forme pour raconter « comment il vit son africanité ici, en Abitibi-Témiscamingue. »
Cette expérience se révèle davantage dans les paroles. Le français peut se mêler à des mots ou à des expressions africaines, tandis que les chansons puisent dans ce qui a été vécu avant le départ, mais aussi depuis l’arrivée au Canada. « Chaque personne qui immigre ici a une histoire, un vécu, a eu à faire face à des difficultés en tant que nouveau dans un pays étranger. »
Devant ces difficultés, tous ne réagissent pas de la même façon. Certains s’isolent. D’autres créent. Pour ceux qui ont déjà trouvé leur moyen d’expression dans la musique, une chanson peut devenir une manière de mettre des mots sur ce qu’ils traversent, mais aussi sur ce qu’ils sont en train de construire ici.
AfriCulture a d’ailleurs récemment participé à la création d’une chanson avec un artiste d’origine camerounaise. Aimé Pingi la décrit comme la rencontre de deux réalités : des origines africaines et une vie désormais ancrée en Abitibi-Témiscamingue.
C’est cette rencontre que l’Afrostival a fait entendre pendant deux jours. Derrière des rythmes parfois déjà familiers se cachaient des récits profondément personnels : ceux d’êtres humains qui ont emporté une partie de leur culture avec eux, puis l’ont laissée se transformer au contact de leur nouvelle vie en Abitibi-Témiscamingue.