L’Agora des Arts invite à « Habiter le grandiose »
L’Agora des Arts entame sa 19e saison avec une programmation qui oscille entre fragilité, démesure et désir de vivre pleinement. Sous le thème « Habiter le grandiose », le diffuseur spécialisé en théâtre de création propose une saison où les personnages cherchent à donner du sens à leur existence, parfois avec humour, parfois dans des univers beaucoup plus troublants.
Dévoilée le 9 septembre dernier à Rouyn-Noranda, lors d’une soirée 5 à 7, la programmation 2026-2027 se veut le reflet d’un monde dans lequel les êtres humains tentent de naviguer malgré leurs vulnérabilités.
« J’ai remarqué dans les spectacles qu’on présente cette année, il y avait une espèce de leitmotiv qui revenait, qui était l’idée que c’était des êtres fragilisés dans un monde qui était un peu vaste », explique Adam Faucher, directeur artistique de l’Agora des Arts.
La thématique « Habiter le grandiose » renvoie ainsi à ces individus qui tentent de s’en sortir dans un environnement parfois complexe, voire destructeur. Dépendances, réseaux sociaux, quête de sensations fortes et peur de l’ennui traverseront plusieurs des œuvres présentées au cours de la saison.
« On est tous petits dans un monde qui est grand, puis on essaie tous de naviguer là-dedans », résume M. Faucher.
Des dépendances à l’appartenance
Le volet régulier de la programmation compte neuf spectacles, dont sept pièces de théâtre et deux concerts musicaux. La saison s’ouvrira les 7 et 8 octobre avec Ces regards amoureux de garçons altérés, du Théâtre Prospero, présenté en collaboration avec la Coalition d’aide à la diversité sexuelle de l’Abitibi-Témiscamingue. L’œuvre aborde notamment les dépendances, la consommation et la sexualité à travers le parcours d’un jeune homme gai bouleversé par une peine d’amour.
Cette question des dépendances reviendra sous différentes formes durant la saison, mais elle côtoiera également des enjeux sociaux et identitaires.
La pièce Le show beige, présentée le 24 février, s’intéressera pour sa part à l’obsession de vivre une existence constamment stimulante et au désir de fuir une vie jugée trop ordinaire. Avec ses courtes scènes qui s’enchaînement à grande vitesse, l’œuvre cherchera à faire rire tout en questionnant le rapport à la performance et à l’image.
Les enjeux liés au territoire et à l’appartenance seront également au cœur de Prima di scomparire/Avant de disparaître, des Sœurs Schmutt, présenté en collaboration avec le Musée d’art de Rouyn-Noranda (MA) et la Mosaïque interculturelle. À travers la danse et le théâtre, Séverine Lombardo y retrace une histoire familiale marquée par quatre générations de migrations.
Pour Adam Faucher, ces œuvres participent toutes, à leur manière, à une même réflexion sur la manière dont les individus tentent de trouver leur place.
La programmation abordera aussi directement une réalité particulièrement présente dans la communauté rouynorandienne. Avec Fondre, l’Agora des Arts plongera au cœur d’une ville dont les habitants sont confrontés aux conséquences de l’arsenic. L’objectif, selon M. Faucher, n’est toutefois pas de condamner ou de défendre une position, mais plutôt de présenter différents points de vue sur cet enjeu.
Un diffuseur, mais aussi un lieu de création
Si l’Agora des Arts se définit d’abord comme un diffuseur spécialisé en théâtre de création, sa mission comporte un deuxième volet, celui d’offrir aux artistes un espace pour créer.
Cette année, cinq résidences de création permettront à une quinzaine d’artistes de profiter gratuitement des espaces de l’Agora. Certains pourront présenter une étape de leur travail devant un petit public, tandis que d’autres choisiront de consacrer entièrement leur séjour à l’expérimentation.
« C’est un espace libre où est-ce qu’ils peuvent vraiment essayer ce qu’ils veulent », souligne Adam Faucher. « La finalité importe peu, c’est vraiment le processus qui est mis de l’avant. »
Cette volonté de travailler en réseau se retrouve également dans les nombreuses collaborations de la saison. Deux spectacles seront notamment co-diffusés avec le Théâtre du Cuivre. Pour Adam Faucher, ces partenariats permettent autant de partager certains coûts que de rejoindre de nouveaux publics.
« Tous les diffuseurs, on a le même but : c’est de présenter au public des œuvres culturelles qui nous ont marqués », affirme-t-il.
Avec les prestations d’Eadsé, qui présentera Healer le 18 mars en collaboration avec le FME, et de Stefie Shock, qui revisitera ses succès avec de nouvelles sonorités le 15 mai, la musique prendra également part à la programmation.
Entre théâtre, musique, création et collaborations, l’Agora des Arts propose une saison qui se veut aussi vaste que les réalités qu’elle souhaite explorer. Une programmation où l’humour côtoie le drame et où la fragilité humaine devient, paradoxalement, une façon d’habiter pleinement le monde.