Winneway porte son inquiétude jusqu’au palais de justice
Vers 9 h 30, le lundi 24 août, une trentaine de membres de la communauté de Winneway se sont rendus au palais de justice de Ville-Marie, pour rendre visible l’insécurité qu’ils disaient vivre chez eux. Alors qu’une douzaine d’entre eux prenaient place dans la salle d’audience, leur mobilisation portait une demande qui dépassait la comparution du jour : obtenir une présence policière régulière et, ultimement, leur propre service de sécurité publique.
Leur mobilisation coïncidait avec une comparution dans un dossier lié à des menaces qu’aurait reçues le chef Steeve Mathias. Pour les membres présents, l’affaire a néanmoins ravivé quelque chose de plus vaste que le geste reproché à une seule personne. Derrière leur déplacement se trouvait une peur qui ne commence ni ne s’arrête à cette comparution : celle de vivre dans une communauté où plusieurs ne se sentent plus suffisamment protégés. « C’est une recherche de solidarité pour démontrer, encore une fois, que la communauté de Winneway veut un sentiment de sécurité, veut son propre service de sécurité publique », explique Sharon Hunter, directrice générale de Long Point First Nation.
La trentaine de personnes n’est donc pas venue uniquement suivre les développements d’un dossier judiciaire. Elle s’est déplacée pour faire entendre une demande qui revient depuis des années à Winneway : celle d’une présence policière permanente, capable d’intervenir lorsque surviennent des incidents, mais surtout d’agir avant qu’ils ne se produisent.
Une peur qui s’installe au quotidien
Selon Sharon Hunter, l’absence d’une présence policière régulière dépasse la simple question du délai d’intervention. Elle contribue à créer un climat dans lequel certaines personnes peuvent croire qu’elles entrent dans la communauté sans être inquiétées, que ce soit pour y commettre des actes criminels ou y apporter des substances illégales. « On vit trop avec ce sentiment-là d’insécurité. »
Cette insécurité ne repose donc pas uniquement sur un événement isolé. Elle s’est installée dans le quotidien, alimentée par l’impression que les interventions ponctuelles, bien qu’importantes, ne suffisent pas à empêcher les activités criminelles de reprendre.
Mme Hunter indique que la Sûreté du Québec ainsi que des forces policières anishinabeg de Timiskaming First Nation et de Kebaowek First Nation ont mené plusieurs opérations à Winneway au cours de l’année. Ces interventions ont permis d’agir à différents moments dans la communauté. Malgré cela, soutient-elle, la vente de substances illégales a recommencé.
Chaque opération apporte ainsi un répit, sans parvenir à remplacer la surveillance et le travail de prévention que permettrait une présence constante. Aux yeux de la directrice générale, c’est précisément là que se trouve le cœur du problème : intervenir après les faits ne suffit plus à rassurer une population qui demande de pouvoir compter sur un service de sécurité au jour le jour.
Elle reconnait que la criminalité et la circulation de substances illégales ne s’arrêtent pas aux limites de Winneway. Plusieurs communautés autochtones et municipalités de la région doivent composer avec ces réalités. À Winneway, estime-t-elle toutefois, l’absence d’un service policier établi dans la communauté rendait leurs conséquences plus lourdes et renforce l’impression d’être laissés sans protection adéquate.
Être protégés comme ailleurs
La mobilisation de lundi se veut donc à la fois un geste de solidarité, une dénonciation du climat actuel et un nouvel appel aux autorités responsables. En se présentant à plusieurs au palais de justice, les membres de Long Point First Nation veulent montrer que leur inquiétude est collective et que leur demande ne peut plus être considérée comme celle de quelques personnes isolées. « On veut, comme tous les Québécois et Québécoises, un sentiment de sécurité dans notre propre communauté. »
La directrice générale espère que la présence d’une trentaine de personnes au palais de justice permettra au message de se rendre jusqu’aux décideurs capables d’agir. « C’est un pas parmi d’autres qu’on espère, qui va donner des résultats assez positifs pour la communauté. »